Benoit XV

Ecrit par Marc Nadaux

(21 novembre 1854 - 22 janvier 1922)

Giacomo Della Chiesa naît le 21 novembre 1854 à Pegli, près de Gênes, au sein d’une famille d’ancienne noblesse. Il compte parmi ses ancêtres de nombreux hauts dignitaires du clergé romain, le pape Calixte II notamment. Ce passé familial et cette tradition de dévouement à l’Église le conduisent tout droit au séminaire puis, de là, à l’ordination sacerdotale, le 21 décembre 1878. Quelques années plus tôt, le jeune séminariste avait été diplômé en jurisprudence par l’université de Gènes. Il entreprend ensuite des études de théologie à l’Université grégorienne de Rome, dont il devient docteur en 1879. Ce parcours brillant le fait remarquer de sa hiérarchie. Delle Chiesa est nommé en 1883 secrétaire du cardinal Rampolla, qui officie à l’époque à Madrid en tant que nonce de la Papauté. Il occupera ce poste au service du prélat jusqu’en 1886.

L’année suivante, Giacomo Della Chiesa entre au secrétariat du Vatican, attaché aux « affaires ordinaires ». De 1887 à 1889, il est ainsi envoyé auprès de la cour de Vienne. Cette mission à l’étranger révèle ses qualités de diplomate, aussi est-il nommé substitut de la secrétairie en 1901. Le 4 octobre 1908 enfin, Della Chiesa est promu à l’archevêché de Bologne. Dans les années qui suivent, il s’attache dans son diocèse à promouvoir la pastorale, qui est à l’ordre du jour du Synode réuni à son initiative au mois de novembre 1909. C’est alors que le pape Léon XIII le rappelle auprès de lui au Vatican. Monseigneur Della Chiesa est toutefois entraîné dans la disgrâce du cardinal Rampolla et le cardinal Merri del Val, le nouveau secrétaire d'État, l’éloigne de Rome. Il n’est ainsi élevé à la dignité de cardinal que le 25 mai 1914.

Trois semaines après que la Première Guerre mondiale n’éclate, le pape Pie X décède. Le continent européen s’embrase et la gravité de la situation exige alors que soit nommé sur le siège de Saint Pierre un souverain pontife rompu à l’exercice de la diplomatie, un fin politique. Le 3 septembre, le conclave réuni au Vatican se prononce en faveur du cardinal Della Chiesa. Trois jours plus tard, au moment de son élévation, celui-ci choisit le nom de Benoît XV. Le nouveau pape désigne immédiatement un nouveau secrétaire d'État, en la personne du cardinal Gasparri, éloignant par là même monseigneur Umberto Benigni, l’éminence grise du pontificat précédent.

Prudemment, Benoît XV place la Papauté sur le plan d’une stricte neutralité, un choix que rendent difficile la position belliciste du gouvernement italien et l’agitation qui règne dans la péninsule italienne. Cette impartialité est officiellement déclarée dans L’Observatore romano, le 18 octobre 1914. Dès le 8 septembre suivant, le Pape lance de Rome un appel à la paix sur le continent européen, un message adressé aux dirigeants politiques qu’il renouvelle dans l’encyclique Ad Beatissima, le 1er novembre. Ceux-ci lui reprochent le manque de clarté de son discours, tandis que l’Union sacrée et l’âpreté des combats empêchent toute trêve pendant le premier Noël qui suit l’attentat de Sarajevo. Dans ce but, Benoît XV demande aux différents nonces de la Papauté de sonder les opinions, mais leurs rapports se révèlent sans illusion quant à cette nouvelle initiative. La période est décidément à l’affrontement sur les champs de bataille, sur les fronts de l’Ouest comme de l’Est. Le 22 janvier 1915, le Souverain pontife, lucide, dresse un premier bilan de son action en faveur de la paix et devant le Consistoire se déclare impuissant à faire cesser les hostilités.

Ceci le conduit à déplacer le champ d’action de la diplomatie du Vatican vers les puissances non belligérantes. Fort de l’appui de l’Allemagne de Guillaume II – qui souhaite éviter l’ouverture d’un nouveau front -, Benoit XV tente d’empêcher l’entrée en guerre de l’Italie contre l’Empire d’Autriche-Hongrie. Là encore, son action se révèle inefficace puisque l’événement tant redouté a lieu le 24 mai 1915. A cette époque, les différents états-majors s’accordent à reconnaître que le conflit s’est enlisé avec l’échec des plans d’offensive liés à la guerre de mouvements. Aussi Benoît XV, en homme de foi, propose-t-il cette fois-ci aux différents belligérants l’entame de négociations. De nouveau accusé de partialité par l’un et l’autre camp, il doit mettre entre parenthèse ses propositions de paix et justifier de sa neutralité. Le Saint-Siège, suivant la volonté du Pape, opte alors pour le secret de ses entretiens avec les gouvernements en guerre. Confiés aux bons soins des nonces apostoliques, ceux-ci demeurent confinés et ignorés de l’opinion publique. Là encore, l’échec de la diplomatie vaticane est patent, même si celui-ci est notamment à mettre sur le compte des puissances centrales. L’Allemagne souhaite ainsi une paix séparée avec la Russie, de manière à poursuivre les hostilités à l’Ouest dans de meilleures conditions. Tout ceci est bien entendu inacceptable aux yeux de Benoît XV.

A la fin de l’année 1916 cependant, les pourparlers reprennent, suite à l’initiative du président des États-Unis, Thomas Woodrow Wilson, qui, le 8 décembre, lance l’idée d’une « paix des braves », sans victoire. Le pape, pensant relayer l’action de ce dernier, envoie alors monseigneur Pacelli (futur Pie XII) auprès du Kaiser. Le 1er août 1917, il fait parvenir aux belligérants un pressant appel à cesser « cet inutile massacre ». Ce texte officiel et argumenté est assorti de propositions très concrètes devant favoriser une paix durable au terme du premier conflit mondial. Benoît XV aborde ainsi la question de la liberté des mers, des réparations, de l’arbitrage international et du désarmement. Berlin répond peu après par une fin de non-recevoir, alors que la Russie, la France et l'Italie n'en accusent même pas réception. Dès lors, la Papauté s’efface sur le plan diplomatique devant les menées de l’idéaliste Wilson, dont les fameux « quatorze points » publiés le 8 janvier 1918 reposent en grande partie sur la même analyse que celle faite par le Vatican.

La Papauté se concentre à présent sur les affaires plus particulièrement liées à la foi et à la doctrine. Ainsi, Benoît XV approuve bientôt le nouveau code de droit canon, le 27 mai 1917. La même année, le 15 juin suivant, il publie la lettre encyclique Humani generis réaffirmant la nécessité de la prédication. Et après la fondation de l'Institut oriental, en 1919, une nouvelle encyclique, Maximum Illud, relance l'apostolat missionnaire en appelant à la promotion d'un clergé indigène. Benoît XV favorise également le rapprochement avec les Églises séparées d’Orient.

Entre temps, après l’armistice proclamé le 11 novembre 1918 et la longue période de gestation du traité de Versailles, Benoît XV s’exprimant à son sujet qualifie alors ses 440 clauses « d'articles de guerre et non d'articles de paix ». Selon lui, ce traité ne peut en effet conduire qu'à une nouvelle division de l'Europe entre vainqueurs et vaincus. Il est vrai que sur la pression du gouvernement italien, peu désireux de voir la question romaine être publiquement relancée, le Saint-Siège n'avait pas été invité à siéger dans les commissions de travail.

En Italie, le Pape est à l’origine de la création d’une université catholique, dont les fondations sont jetées à Milan en 1919. A présent désireux de voir s’affirmer en France le processus de ralliement des catholiques à la République, Benoît XV canonise l’année suivante deux saintes françaises, Marguerite-Marie Alacoque et Jeanne d'Arc, ce qui clôt pour cette dernière le longue enquête initiée à la fin du Second Empire par l’évêque d’Orléans Monseigneur Dupanloup. Attentif aux événements qui se déroulent à l’est de l’Europe et inquiet du développement de l’idéologie communiste dans ces contrées orientales, le Pape s’exprime de nouveau sur la scène internationale et tente, sans grand écho, d'alerter l'opinion mondiale sur la famine qui sévit en Russie en 1921.

Le 22 janvier 1922, Benoît XV décède à Rome. Le Souverain Pontife est lui aussi victime de la grippe espagnole, un nouveau malheur qui touche le « vieux continent » à l’époque de sa reconstruction, et qui fait suite à la guerre meurtrière et destructrice contre laquelle sa diplomatie avait œuvré, impuissante.

le vendredi, 18 septembre 2015 posté dans la catégorie B