Edison (Thomas)

Ecrit par Marc Nadaux

(11 février 1847 - 18 octobre 1931)

 

Thomas Edison naît le 11 février 1847 à Milan, dans l’état de l’Ohio, où sa famille s’est fixée quelques décennies plus tôt. Il est le quatrième fils de Samuel Edison, un exploitant forestier qui doit bientôt émigrer plus au nord, à Fort Gratio, près de Port-Huron, sur les bords du lac. Là, malgré quelques déboires à l’école, où il est entré à l’âge de huit ans et demi, le jeune Thomas se lance dans la lecture de la Philosophie naturelle et expérimentale de Richard Green Parker. C’est pour lui une révélation. Il s’essaie même à reproduire dans la cave de la maison familiale les expériences décrites dans l’ouvrage.

Devant le peu d’entrain mis par l’enfant à suivre ses études, sa mère l’autorise à vendre des journaux sur la ligne de chemin de fer Port Huron - Detroit. Ce petit boulot lui laisse le temps de fréquenter la bibliothèque de Detroit, avant que ne vienne l’heure d’entamer le trajet du retour. Il développe néanmoins son affaire, installant ses propres étalages dans les deux gares, vendant même les légumes du grand jardin de ses parents. Alors qu’il devient progressivement sourd, Thomas Edison se lance dans le journalisme. L’adolescent s’approprie un wagon de la ligne et y installe son atelier d’imprimerie. Son journal, le premier à paraître à bord d’un train, tire à 400 exemplaires et ne s’adresse qu’aux passagers à bord. Grâce à l’aide d’un télégraphiste de Détroit, le 6 avril 1862, alors que la guerre civile oppose le Nord et le Sud des Etats-Unis, Edison annonce à ces mêmes voyageurs les nouvelles de la bataille de Shiloh, à l’issue incertaine. C’est un premier coup de maître, puisqu’il vendra plus de 1.500 exemplaires de son Grand Trunk Herald.

Quelques temps plus tard, Edison obtient le poste de télégraphiste de la gare de Port-Huron. Commence pour le jeune homme une errance de près de six années, qui lui permet d’apprendre le métier. Employé de la Grand Trunk Railroad, puis de la Western Union, il est tour à tour à Stratford Junction, au Canada, à Adrian, Fort Wayne, Cincinnati, Nashville, Memphis, Louisville, La Nouvelle Orléans, Boston. Là, Edison lit Faraday, un autre des grand savants du passé, et fréquente les ateliers de la ville. En 1868, il fabrique même sa première invention : une machine à voter ! L’année suivante, plus sérieusement, Edison propose à l’Atlantic & Pacific Telegraph Company son télégraphe multiplexé qui permet d’envoyer plusieurs messages sur une même ligne. C’est un échec cependant. A New York à présent, il s’emploie auprès de la Laws Gold Reporting Company, à Wall Street. Là, après avoir observé le travail des courtiers et des changeurs, il met au point un téléscripteur de bourse et reçoit la coquette somme de 40.000 $ de la part de son employeur. Ceci l’oblige à ouvrir un compte en banque.

En 1870, Edison installe ses ateliers aux numéros 10 et 12 de Ward Street, à Newark, dans le New Jersey. Enfin, il devient propriétaire de sa propre usine, qui se spécialise dans la production de matériel télégraphique. L’industriel se marie l’année suivante à une de ses employée, Mary Stilwell, âgée à l’époque de seize ans. Le couple aura trois enfants : Marion née en 1872, Dot en 1876 et enfin Dash en 1879. Edison quant à lui perfectionne le système télégraphique en mettant au point en 1874 le quadruplex. Ce procédé nouveau permet à l’opérateur d’envoyer et de recevoir plusieurs messages simultanément et sur la même ligne. Mais deux années plus tard, l’Écossais Graham Bell invente le téléphone. Au delà des simples mots, c’est à présent la voix que l’on peut transmettre à distance. L’ingénieur américain apporte quelques perfectionnements à cette invention révolutionnaire, avant de quitter son atelier de Newark pour Menlo Park. Ainsi est baptisé son laboratoire de recherche industrielle. Près de New York, il travaillera désormais à inventer et à innover, avec l’aide d’une équipe restreinte, dont chaque membre possède son logement sur le site.

Outre ses travaux sur la plume et la presse électriques, future machine à polycopier, il améliore en 1871 le fonctionnement de la machine à écrire brevetée par Christopher Scholes, à la demande de l’Automatic Telegraph Company. D’autres parmi ses travaux aboutissent dans les années qui suivent à deux résultats majeurs, lui assurant la célébrité. Lui est accordée, le 19 février 1878, le brevet du phonographe "utilisant une plaque, un diagramme ou tout autre corps flexible pouvant être mis en vibration par la voix humaine ou un autre son, associé à un matériau susceptible d’enregistrer les mouvements du corps vibrant"... A son appel, les journalistes se précipitent à Menlo Park, tandis que l’Académie américaine des sciences invite l’heureux inventeur à faire une démonstration de son appareil. Toujours soucieux de développer l’utilisation de l’électricité, celui-ci s’intéresse en parallèle au moyen de rompre le monopole du gaz dans le domaine de l’éclairage. Après avoir fondé la Compagnie Edison pour l’Éclairage électrique, il réalise ses premiers essais concluant d’une lampe à incandescence à l’automne 1879. Se pose néanmoins le question de la durée de vie de cette dernière, et, au delà, de la rentabilité de l’installation nécessaire.

Thomas Edison dépose un brevet global pour son système de distribution électrique en 1880, année où il reçoit à Menlo Park la grande star internationale, l’actrice française Sarah Bernhardt. Peu de temps après, les bureaux de l’entreprise déménagent à New York, sur la Cinquième Avenue. Le stand de la firme Edison, fort de ses quelques premiers succès dans le domaine de l’éclairage, remporte un grand succès lors de l’exposition de l’Électricité à Paris, en 1881, puis au Crystal Palace de Londres. A cette occasion, est présentée aux visiteurs une dynamo géante. Suit la construction de la première centrale hydroélectrique, à Appleton, dans le Wisconsin. En 1882, celle-ci dessert 431 immeubles, soit plus de 10.000 lampes. L’Edison Electric Light Company connaît malgré tout des difficultés financières. Se multiplient en effet les installations autonomes, donc non reliées à une "centrale", une idée qui s’impose progressivement. Cette situation difficile impose le développement de nouvelles structures commerciales. Des vendeurs vont parcourir les Etats-Unis et démarcher pour le compte de la compagnie, qui édite un Bulletin chaque décade. 

Thomas Edison poursuit ses recherches, tentant par là même de diversifier la production de son entreprise. Il s’intéresse ainsi à la mise au point d’un chemin de fer électrique léger. Celui-ci pourrait répondre au problème qui se pose notamment dans les plaines du Middle West du transport des céréales. Une voie expérimentale est même installée à Menlo Park, grâce au financement attribué par la Northern Pacific Railroad. Celui-ci fait bientôt défaut à Edison, qui, faute de temps, se désintéresse de l’entreprise. Deux années après le décès de son épouse, en 1884, il se marie, en secondes noces, avec Mina Miller, fille d’un industriel fortuné, qui lui donnera trois enfants. Ensemble, ils vivront dans les décennies qui suivent à Glenmont, une villa construite à Orange, dans les faubourgs de Newark. A partir de 1885, Edison s’engage sur la voie du combat juridique, destiné à protéger ses inventions, plagiées et utilisées sans son accord. Quinze années plus tard, le coût de ces procédures atteint deux millions de dollars ! A cette époque, Edison est en passe de perdre la "bataille du courant" (bataille technique, économique et même politique) qui l’oppose à un de ses anciens collaborateurs, Nikola Tesla. Ce dernier, partisan du courant alternatif, est à juste titre convaincu que celui-ci permettra un transport plus efficace de celle qui se présente comme l’énergie de l’avenir.

En 1888, Edison fonde l’Edison General Electric Company. S’il perd en grande partie le contrôle de son entreprise, la création de cette société anonyme lui permet de disposer de capitaux. Ceux-ci ont jusqu’ici fait cruellement défaut à celui qui est désormais une célébrité mondiale. Deux années plus tard, l’industriel américain reçoit un accueil triomphal à l’exposition universelle, organisée à Paris. Avec ses collaborateurs, il modernise son phonographe, qui se trouve muni d’un moteur électrique et emploie la cire pour ses enregistrements. Parmi les possibles développements de l’invention, citons la poupée parlante ! Celle-ci fait l’objet de multiples démonstrations publiques, en Europe notamment, devant la Reine Victoria, le Kaiser Guillaume... Au tournant du siècle cependant, le disque remplace progressivement le cylindre pour l’enregistrement de la musique. Et une fois encore, l’inventeur est dépassé par ses concurrents qui apportent à son innovation l’amélioration nécessaire, alors que ce dernier se contente de croire en l’efficience de son œuvre originelle.

La fin du siècle voit d’ailleurs le génial Edison échouer dans une autre des grandes entreprises qui lui tiennent à cœur : la réalisation d’images parlantes et animées. En 1891 en effet, il fait breveter son kinétoscope, une grande boite en bois équipée de huit bobines de films et munie d’un viseur permettant au spectateur de voir les images. Deux années plus tard, un studio d’enregistrement, la Black Maria, une fois encore le premier du genre, est installé dans la cour de son laboratoire de West Orange.Peu après, ont lieu les premières projections publiques. Le 14 avril 1894, à New York, une galerie entière de kinétoscope est ainsi ouverte aux curieux émerveillés. En France cependant, les frères Lumière invente le cinématographe.

A la même époque, la société d’Edison fusionne avec la Thomson-Houston Company, qui donne naissance à un géant industriel, la General Electric Company. L’inventeur, qui espère toujours s’enrichir, se lance dans l’exploitation d’une carrière de minerai de fer, au Nord du New Jersey. A proximité, est construite une usine de traitement et de fabrication de briquettes. L’affaire tourne court, car on découvre peu après les gisements de la montagne Mesabi au Minnesota. Par chance, en 1898, Edison met à jour une autre carrière, de roches à ciment cette fois-ci. Dix années plus tard, après avoir construit en 1902 une usine à ciment, il dépose un brevet de construction de maisons en béton, projetant même de fabriquer en série habitations et meubles ! L’inventeur, qui a cédé à l’Italien Marconi un de ses brevets concernant les ondes hertziennes, apprend en 1899 que celles-ci viennent de franchir la Manche. La radio naîtra avec le nouveau siècle. Edison s’intéresse à présent à la mise au point d’une automobile électrique, convaincu que la vapeur à fait son temps. S’il rencontre Henri Ford, qui devient son ami, ce dernier a d’autres convictions quant au mode de traction du futur véhicule. Qu’importe. En 1904, Edison met sur le marché américain ses batteries accumulatrices, qui permettent d’atteindre les 40 km/h avec une autonomie de 160 kilomètres de distance. Mais, là encore, le moteur à explosion l’emportera rapidement.

Avec l’entrée en guerre des grandes nations commerçantes et industrielles en Europe, Thomas Edison doit faire face à de nouvelles difficultés Ses principaux circuits d’approvisionnements en matières premières sont coupés. Ainsi manque t-il du phénol nécessaire à la fabrication des disques à phonogramme. A l’âge de soixante-sept ans, l’inventeur déplore également l’incendie de son laboratoire de West Orange, le 14 décembre 1914. Une fois encore, il se relèvera. A l’appel de Josephus Daniels, secrétaire du Département de la Marine, Edison est nommé président du Comité consultatif de la Marine. Après la déclaration de guerre des Etats-Unis aux Empires centraux, en 1917 et pendant deux années entières, il consacre entièrement son temps à ses recherches en matière d’armement. Ses premiers travaux portent ainsi sur l’acoustique et la détection des sous-marins, l’arme anti-blocus employée par les Allemands.

Le 24 janvier 1918, ses anciens collaborateurs fondent une Amicale des Pionniers d’Edison, qui se destine à propager et à entretenir la légende. Deux années plus tard, celui-ci reçoit la médaille d’or du Congrès, suprême récompense pour un Américain. Enfin, en 1929, son ami Henri Ford organise les célébrations du Jubilé d’or de la Lumière à Dearborn, dans le Michigan. A cette occasion, le laboratoire de Menlo Park est reconstitué, qui servira désormais de musée du plus célèbre des inventeurs. Il est inauguré le 21 octobre en présence du président Hoover. Au cours de l’été 1931, l’état de santé de Thomas Edison se dégrade. Atteint de diabète et d’urémie, il décède le 18 octobre, à West Orange, à l’âge de quatre-vingt quatre ans. Trois jours plus tard, l’Amérique rend hommage à l’un de ses grands pionniers. L’ensemble du pays est plongé une minute dans l’obscurité, clin d’œil à celui qui demeure l’inventeur de la lumière électrique.

le vendredi, 22 janvier 2016 posté dans la catégorie E