Foch (Ferdinand)

Ecrit par Eric Labayle

(2 octobre 1851- 20 mars 1929)

Au sommet de la hiérarchie des chefs de guerre alliés, le maréchal Ferdinand Foch est sans doute l'homme dont le destin est le plus intimement lié à celui de la guerre. En quelque sorte, il en est la parabole. Personnage clé de la pensée militaire française d'avant 1914, il a fait le douloureux apprentissage des réalités de la guerre moderne, avant de jouer un rôle essentiel dans ce qu'il est convenu d'appeler le « miracle » de la Marne. Après la Course à la mer et comme toute l'armée, il tâtonne pour trouver une issue au conflit enlisé. Théoricien autant qu'homme d'action, il imprime une fois encore sa marque profonde sur les grandes batailles de 1916 (la Somme surtout, mais aussi Verdun, par voie de conséquence). L'année « sombre » de 1917 le voit ensuite s'éclipser au profit d'hommes nouveaux, avant que l'échec de ces derniers ne lui redonne une chance de s'imposer. C'est finalement 1918, cinquième année de guerre, qui voit son triomphe, au travers de celui des armées alliées dont, depuis le 26 mars, il est le chef suprême. Sans vouloir donner à Foch une place imméritée, force est de constater que ses périodes de doute, ses maladresses mais aussi ses succès furent également ceux de l'armée française toute entière.

Ferdinand Foch est né le 2 octobre 1851 à Tarbes. Il est le sixième enfant d'une famille pyrénéenne et occitane de vieille souche. Son père, un ancien avoué de Bagnères-de-Bigorre, Lourdes et Argelès, avait fait carrière dans l'administration préfectorale. Après un séjour dans les Basses-Alpes, il était revenu à Tarbes comme secrétaire général de la préfecture des Hautes-Pyrénées. 

L'enfance et l'adolescence de Foch se passent dans le noyau familial, à Tarbes et à Valentine (Haute-Garonne). Successivement élève des lycées de Tarbes et de Rodez, puis du petit séminaire de Polignan, il termine sa scolarité secondaire au collège des Jésuites de Saint-Étienne. Mais plus que l'école, c'est le souvenir et l'exemple de ses aïeux militaires qui marquent l'esprit du jeune Foch. La personnalité du capitaine Dupré notamment, ancien des guerres de la Révolution et de l'Empire, joue un grand rôle dans ce début de vocation. Mais le destin ne semble pas devoir destiner le jeune homme à la carrière des armes. Ses parents veulent en faire un ingénieur civil et, à cet effet, ils l'inscrivent au collège Saint-Clément (à Metz) pour préparer le concours d'entrée à l'École Polytechnique. 

La guerre de 1870 éclate alors. C'est le tournant de sa vie. Il souscrit un engagement volontaire au titre du 4e régiment de ligne et découvre le métier des armes. En 1871, une fois la paix revenue, il intègre Polytechnique. Il s'y porte volontaire pour l'artillerie et, à ce titre, n'effectue que quinze mois d'école avant de rejoindre Fontainebleau (école d'application de l'artillerie). Le contexte historique et moral de l'époque n'est pas étranger à ce choix. La France entière est sous le choc de la défaite. L'émulation est grande chez les jeunes pour entamer le redressement du pays et les vocations militaires sont nombreuses. 

Le sous-lieutenant Ferdinand Foch rejoint... à Tarbes son premier corps de troupe, le 24e RA. Sa carrière ressemble ensuite à celle de tous ses contemporains : la vie de garnison, les mutations plus ou moins régulières, la vie sociale d'un officier en temps de paix, etc. Le 5 novembre 1883, il est capitaine lorsqu'il se marie. De cette union naîtront deux filles et un garçon. En toute logique, les premières épouseront des militaires. Leur frère choisira la carrière militaire mais ne dépassera jamais le grade d'aspirant. Le 22 août 1914, il tombe au champ d'honneur à Zuppécourt.

Sorti breveté de l'École de Guerre en 1887, Foch sert ensuite, comme chef d'escadron, au 3e bureau de l'état-major de l'Armée (1890). Il s'y exerce à la conduite des opérations, domaine pour lequel il devient bientôt un spécialiste reconnu. En 1896, il revient à l'École de Guerre, en qualité de professeur de tactique générale. Promu lieutenant-colonel, il est affecté au 29e RA (Laon) en 1898. Il prend le commandement du 35e R.A., à Vannes, en 1903, avec le grade de colonel, puis devient en 1906 chef d'état-major du 5e corps d'armée, à Orléans. Il est général de brigade le 20 juin 1907.

Cette carrière, certes brillante mais sans grande originalité, prend toute sa dimension en 1908, avec la nomination de Foch au poste prestigieux de commandant de l'École de Guerre. Là, Foch le penseur et le théoricien imprime sa marque à toute une génération d'officiers qui deviendront quelques années plus tard les généraux et les officiers d'état-major de la Grande Guerre. Sa méthode de raisonnement tactique surtout est un modèle du genre.

En septembre 1911, il reçoit sa troisième étoile et prend la tête de la 14e DI, à Chaumont. L'année suivante, il commande le 8e corps d'armée puis le 20e (Nancy), à compter du 29 août 1913. A l'époque, ce poste est l'un des plus en vue de l'armée française. Le 20e corps est en effet chargé de la garde des frontières de Lorraine ; il veille face aux provinces perdues et, en cas de déclaration de guerre, il doit assurer la couverture dans les premiers jours de la mobilisation.

Dès le lancement de l'offensive française, Foch attaque sur Morhange. Il y est sévèrement battu et doit se replier sur le Grand-Couronné. La ville de Nancy est directement menacée par l'avance allemande. Le 20e corps parvient à rétablir la situation in-extremis, mais son chef le quitte dès le 29 août. Le général Foch est alors placé à la tête d'un corps de liaison qui, renforcé, devient bientôt la 9e armée. Après la catastrophe évitée de justesse en Lorraine, il se trouve désormais au point le plus critique de la retraite générale de la gauche des armées françaises : entre la 5e armée (à sa gauche) et la 4e armée (à sa droite). Début septembre, il est au sud d'Épernay et se bat dans les marais de Saint-Gond. Sa résistance, puis sa contre-attaque décident en grande partie de la victoire de la Marne. Il poursuit ensuite les Allemands en retraite jusqu'au nord de Reims.

Après la Course à la mer et les combats sur l'Yser (pendant lesquels il contribue à éviter l'écrasement de l'armée belge), Foch est nommé à la tête du Groupe d'armées du Nord. C'est à ce poste qu'il dirige les deux batailles d'Artois en 1915. Mais toute sa science militaire est impuissante face à la nouvelle nature de la guerre. La manœuvre napoléonienne si longuement enseignée à l'École de Guerre n'avait prévu ni les tranchées, ni les réseaux de barbelés, ni la nouvelle puissance du feu... 

Mais Foch réfléchit, étudie et s'adapte. Pour la bataille de la Somme, il donne à ses grandes unités des directives tactiques très précises. Peut-être trop. Elles sont soit appliquées trop strictement, soit avec trop de liberté. L'emploi de l'artillerie, notamment, ne donne pas satisfaction dans de nombreux secteurs. Pas plus qu'en Artois la décision ne peut être emportée. Il n'en faut pas plus pour que dans certains milieux des voix s'élèvent pour dénoncer la faillite de la doctrine de Foch et son entêtement offensif. Pendant quelques mois, il subit les conséquences d'une disgrâce qui l'éloigne de la conduite de la guerre. Comme une sorte de compensation, la médaille militaire lui est accordée le 21 décembre 1916.

L'éclipse de Foch correspond en fait à la période de commandement du général Nivelle et à la crise qui suivit l'échec de la « grande offensive de printemps ». Lorsque Pétain prend la tête de l'armée française, Foch le remplace comme chef d'état-major général. C'est à ce poste notamment qu'il coordonne l'intervention française en Italie, suite au désastre de Caporetto.

L'offensive allemande de mars 1918 met à rude épreuve la cohésion des Alliés. Le 26 mars, la conférence de Doullens pose les fondements du commandement unique. Foch en a la charge. Il contre l'un après l'autre les coups de boutoirs de Ludendorff, parfois au prix de véritables tours de passe-passe stratégiques et toujours grâce au sacrifice des hommes sur le terrain. Dans l'exercice de cette lourde responsabilité, il peut compter sur l'aide précieuse et efficace de son dévoué auxiliaire, le général Maxime Weygand. Mais peut-être plus que les questions purement militaires, ce sont les relations avec ses subordonnés qui posent le plus de problèmes à Foch. La prudence de Pétain, l'impatience bouillante de Pershing et l'entêtement de Haig sont autant de paramètres qui compliquent à l'envi les questions de commandement.

Après avoir paré aux menaces du printemps et de l'été en déplaçant ses réserves d'un bout à l'autre du front (non sans avoir, un temps, surestimé l'ampleur de la menace allemande sur le front des Flandres), Foch peut enfin cesser de ronger son frein et organiser, l'une après l'autre les offensives qui doivent conduire à la victoire sur les empires centraux : sur la Marne le 18 juillet, devant Amiens le 8 août, en Champagne et devant Saint-Mihiel en septembre, etc. Le 11 novembre 1918, c'est dans une voiture de son train de commandement, garée dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne, que les plénipotentiaires allemands viennent signer l'armistice qui met fin aux combats.

Commence alors la période des honneurs pour Foch. Porté à la dignité de maréchal de France le 6 août 1918, il reçoit la même distinction au Royaume-Uni (1919) puis en Pologne (1923), ce qui est proprement exceptionnel pour un chef de guerre du XXe siècle. Le 11 novembre 1918, l'Académie des Sciences le reçoit en son sein. Le 6 février 1920, il entre à l'Académie Française. Grand-croix de la Légion d'Honneur, grand-croix de l'ordre de Charles III d'Espagne, grand-cordon du Mérite Militaire de Savoie (Italie), grand-croix de l'ordre du Saint-Sauveur de Grèce, grand-cordon de l'ordre du Bain (Royaume-Uni), grand-croix de l'ordre de l'Aigle Blanc, grand-croix de l'ordre de Virtuti Militari de Pologne, etc., etc. Ce n'est plus une liste, c'est une véritable collection ! Le 5 septembre 1921, c'est lui qui prononce l'éloge de Napoléon lors du centième anniversaire de sa mort ; honneur unique, il porte à cette occasion l'épée utilisée par l'Empereur à Austerlitz.

Ferdinand Foch meurt le 20 mars 1929. Ses funérailles sont célébrées le 26 en présence d'une foule de personnalités de premier plan, françaises et étrangères. Depuis le 20 mars 1937, ses cendres reposent sous le dôme des Invalides, dans un mausolée représentant huit poilus portant sa dépouille mortelle.

 

Pour en savoir plus :

 

1 - Ouvrages écrits par Ferdinand Foch :

Des Principes de la Guerre. Conférences faites en 1900 à l'École Supérieure de Guerre, Paris, Berger-Levrault, 1911.

De la Conduite de la Guerre, la Manœuvre pour la Bataille, Nancy, Berger-Levrault, 1927. 

 

2 - Ouvrages biographiques :

AUTIN, Jean, Foch, Paris, Perrin, 1987.

D'ESME, Jean, Foch, Paris, Hachette, 1951.

GRASSET, commandant A., Préceptes et Jugements du Maréchal Foch, Extraits de ses Oeuvres, précédés d'une Étude sur la Vie militaire du Maréchal, Paris, Berger-Levrault, 1919.

GRASSET, colonel, Foch ou la Volonté de vaincre, Paris, Berger-Levrault, 1934.

MICHEL, Paul-Henri, « La Vie et l'Oeuvre du Maréchal Foch. Essai bibliographique », Revue d'Histoire de la Guerre Mondiale, Avril 1929.

NOTIN, Jean-Christophe, Foch : le mythe et les réalités, Paris, Perrin, 2008.

PALAT, général B.E., La Part de Foch dans la Victoire, Paris, Lavauzelle, 1930.

RECOULY, R., Foch, le Vainqueur, Paris, Hachette, 1919.

RECOULY, R.,  Le Mémorial de Foch, Paris, Éditions de France, 1929.

REVOL, J., Foch. Essai de Psychologie militaire, Payot, Paris, 1921.

WEYGAND, général Maxime, Foch, Paris, Flammarion, 1953.

le lundi, 14 septembre 2015 posté dans la catégorie F