Gaudin (Félix)

Ecrit par Jean-Louis Philippart

(10 février 1851 - 15 septembre 1930)

 


Engagé en 1871, réserviste de 1879 à 1914, officier d’artillerie de 1914 à 1917, Félix Gaudin a eu une vie dominée par son statut militaire mais il fut aussi pendant quarante huit ans "gentilhomme verrier", un "industriel d’Art" reconnu en France et à l’étranger.

Félix Gaudin naît à Paris le 10 février 1851 ; il est le quatrième enfant et premier garçon d’une famille de sept enfants. Son père, Marc Antoine, est un passionné par les sciences, qui travaille au bureau des longitudes à Paris pour financer ses études et recherches. Chercheur atypique, c’est un "touche à tout", féru de la photographie, qui dépose des brevets et brigue un siège à l’Académie de Sciences. Quatre fois, entre 1867 et 1872, il obtient le prix Trémont attribué "aux savants sans fortune".

La mère de Félix est sans profession mais elle s’adonne à la peinture à l’huile, plaisir que son père, architecte, lui a transmis.

Félix Gaudin fait d’abord des études au lycée de Chalon-sur-Saône, ville d’origine de sa mère, puis dans une institution religieuse où il se montre un excellent élève en grec et en latin. Il intègre ensuite un lycée parisien, devient bachelier en 1868, puis prépare l’École Polytechnique non pour faire une carrière militaire mais parce que, comme son père, il manifeste un goût prononcé pour les sciences.

Après la déclaration de Guerre contre la Prusse le 19 juillet 1870, Félix Gaudin s’engage à Chalon-sur-Saône le 23 décembre, peu après l’échec de la sortie de Paris, au moment où tout semble perdu et où le moral des Français est atteint. Il est affecté au 9e régiment d’artillerie comme canonnier servant. Mais la capitulation de Paris le 28 janvier, puis la fin des hostilités, lui évitent l’épreuve du feu. En mars et avril 1871, après avoir souscrit un engagement pour cinq ans, il se trouve à Toulouse où il participe à une opération de maintien de l’ordre contre une population qui tente d’instaurer une commune populaire.

En 1874, il est proposé pour le grade de sous-lieutenant. Son chef de corps note que sa conduite et sa moralité sont excellentes, qu’il manifeste beaucoup de zèle et qu’il dessine bien ! A l’automne il est admis à suivre l’école d’Application de l’Artillerie au 6e R.A., à Grenoble, et il est nommé sous-lieutenant le 24 décembre. En août 1876, à 25 ans, il se marie et en 1877, il est muté au 36e régiment d’artillerie de Clermont-Ferrand avec le grade de lieutenant.

Le 3 août 1879, Félix Gaudin quitte l’armée car la vie de garnison ne satisfait pas le jeune officier dont les ambitions personnelles ont été contrariées lorsqu’il préparait Polytechnique. Rayé des cadres le 16, il est versé dans le cadre des réserves.  Le motif invoqué par l’intéressé à ses supérieurs, est la "direction d’une exploitation industrielle". Profitant d’un héritage de son épouse, il rachète le 18 août un atelier de peinture sur verre célèbre mais en perte de vitesse, situé à Clermont-Ferrand.

Gaudin à des atouts : il a le sens du commandement, il sait dessiner, il connaît la comptabilité, et pratique la photographie, technique souvent utilisée par les peintres verriers. Dès le début, il abandonne dans la publicité de l’entreprise les termes qui évoquent la production, l’atelier, la manufacture, pour faire apparaître l’expression "Vitraux d’Art" et se concentrer sur le produit. Il veut se présenter comme un "industriel d’Art". Il crée de nombreuses verrières pour les édifices religieux de Clermont-Ferrand, notamment deux pour la nef de l’église Notre-Dame-du-Port. Il expose aux Etats-Unis, à la Nouvelle-Orléans, sept verrières de 2 à 3 mètres carrés chacune, mais il participe peu aux expositions régionales qu’il dédaigne.

Pour agrandir son rayon d’action qu’il juge trop local, et se rapprocher des donneurs d’ordres, Félix Gaudin rachète en 1890 un atelier de peinture sur verre parisien, célèbre, mais en difficulté, ayant appartenu à Eugène Oudinot. En montant à Paris il conserve encore pour un temps son atelier de Clermont-Ferrand mais il le vend en 1892.

Au sein de la corporation des artistes peintres verriers de France, parmi ceux qui se considèrent capables de composer un  "carton" et ceux qui dirigent un atelier et que les premiers veulent exclure, Gaudin opte pour une troisième voie, celle de "gentilhomme verrier" tourné vers le marché international et l’artisanat d’Art. Il se considère artisan et non pas manufacturier.

En 1900, avec la crise du vitrail, Gaudin se tourne vers la restauration de vitraux anciens et tente de développer la production de lave émaillée et même la mosaïque.

Malgré sa démission de l’armée, il suit assidûment les stages d’instruction militaires, et les "écoles à feux". Entre 1884 et 1910, il participe à 6 écoles à feux et 8 stages d’instruction ou manœuvre qui lui prennent beaucoup de temps. En 26 ans, il aura en moyenne consacré 8 jours par an à l’armée. Ses compétences d’officier lui valent d’être nommé capitaine en mars 1890 et d’être fait chevalier de la légion d’Honneur à titre militaire le 25 décembre 1899.

En 1911 Gaudin, qui vient d’être décoré de la médaille commémorative de la guerre de 1870, est maintenu dans la réserve sur sa demande.

Lorsque la guerre éclate en août 1914, Félix Gaudin a 63 ans. Entre octobre et janvier il se bat en Alsace dans la région de Thann. En 1916, il participe à la bataille de Verdun et prend part à la reprise du fort de Douaumont le 24 octobre. Précédemment élevé au grade d’officier de la légion d’Honneur le 4 mai 1916, Gaudin reçoit la Croix de Guerre avec citation à l’ordre du régiment pour l’efficacité dont il a fait preuve ce jour là.

Plus tard, il participe aux mouvements de la IVe armée dans l’Aisne avec le 284e régiment d’artillerie lourde. Il prend part également aux derniers combats du chemin des Dames entre le 1er et le 31 octobre 1917, notamment le 23 octobre à la bataille de la Malmaison. Le 31 il est cité à l’ordre du corps d’armée.

Le 9 novembre 1917, à 66 ans, il est rayé des cadres en application du décret du 24 août sur les officiers âgés.

Rendu à la vie civile, Gaudin reprend son travail à l’Atelier. Il voyage, assure des cours sur l’histoire du vitrail à l’École Supérieure d’Art Appliqué de la ville de Paris et aux futurs architectes en chef des monuments historiques. Il fait des conférences et publie en 1928 un ouvrage sur le vitrail encore réimprimé en 1981 par Flammarion.

Félix Gaudin meurt le 15 septembre 1930 à Coralles en Saône et Loire à l’âge de 89 ans. 

le lundi, 25 janvier 2016 posté dans la catégorie G