Apollinaire (Guillaume)

Ecrit par Marc Nadaux

(26 août 1880 - 9 novembre 1918)

Guglielmo Alberto Kostrowitzky naît à Rome, le 26 août 1880. Sa famille est d’origine polonaise. Son grand-père, Apollinaire Kostrowitzky, d’illustre ascendance aristocratique, quitte le domaine familial, aux environs de Minsk, pour participer à la guerre de Crimée. Blessé en 1855 lors du siège de Sébastopol, l’officier est désormais pensionné par le tsar. Il se marie peu après à une jeune italienne, Julia Floriani. Celle-ci lui donne une fille prénommée Angelina Alexandrina, en 1858. Commence à cette époque pour les Kostrowitzky une longue période d’errance en Europe, de dénuement et de mésentente conjugale.

Apollinaire Kostrowitzky échoue dans la ville des Papes, avec sa fille, en 1866. Celle-ci entre au couvent des Dames françaises du Sacré-Cœur. Après y avoir reçu une éducation religieuse, la jeune femme quitte l’institution pour indiscipline, en 1874, à l’âge de vingt ans. Quelques années plus tard, un enfant lui naît, fruit d’une liaison avec un officier, Francesco Flugi d’Aspermont. Le petit Guglielmo (Guillaume) aura un frère, prénommé Alberto, en 1882. Ensemble, ils passent leur petite enfance en Italie.

En 1887, Angelina Kostrowitzky et ses deux fils s’installent à Monaco. Guillaume effectue ses études au collège Saint-Charles, de 1887 à 1895, année de sa fermeture, puis au collège Stanislas de Cannes au cours des deux années qui suivent, et enfin au lycée de Nice en 1897. Pieux (il effectue sa première communion en 1892) et studieux, l’étudiant montre des dispositions pour la littérature et les arts. Cependant, il n’obtiendra pas le Baccalauréat.

Au printemps 1899, les Kostrowitzky, couverts de dettes, arrivent à Paris. Angelina, qui se fait appeler Olga à présent, ne bénéficie plus des subsides que lui versait son père, devenu camérier (officier de la Chambre) du Pape. Dans la capitale, Guillaume Kostrowitzky mène une vie laborieuse, prêtant sa plume à divers écrivaillons, avant de faire ses débuts journalistiques à Tabarin, une feuille politico-satyrique. A partir du mois d’août 1901, il effectue un long voyage en Allemagne, qui le mène jusqu'à Berlin. Le jeune homme a été en effet engagé par Madame de Milhau, pour être le précepteur de sa jeune fille. Le périple se poursuit au cours du printemps 1902, époque pendant laquelle le jeune homme découvre Prague, Munich et Vienne.

Son contrat achevé, Guillaume Kostrowitzky est de retour en France. Quelques-uns de ses contes sont alors publiés par La Revue blanche : L’Hérésiarque en mars, Le Passant de Prague en juin. Celui qui prend à cette époque le pseudonyme de Guillaume Apollinaire collabore également à La Grande France, à L'Européen, une revue de politique internationale, ainsi qu’à La Revue d'Art dramatique. Dans cette dernière feuille, il assure une chronique des publications périodiques. Au mois de novembre 1902, Apollinaire fonde sa propre revue, Le Festin d'Ésope, toute entière consacrée à la poésie. Celle-ci aura neuf livraisons. Grâce à Max Jacob, il fait à cette époque la connaissance de Picasso, Vlaminck et Derain. En ces années 1903 et 1904, Apollinaire rejoint aussi fréquemment à Londres Annie Playden, une jeune anglaise rencontrée alors qu’il était auprès de Madame de Milhau. Sans grand succès amoureux cependant.

Résidant au Vésinet, le poète fréquente de plus en plus Montmartre, où il s’installe en 1907, abandonnant au passage son emploi dans une banque pour vivre de sa plume. La même année, Guillaume Apollinaire fait la rencontre de Marie Laurencin, à qui l’unira au cours des cinq années suivantes une liaison orageuse et discontinue. Le poète publie beaucoup à présent, dans diverses revues, et en particulier dans les pages de La Phalange, dédiée au mouvement néo-symboliste, en 1908. Son premier livre, L'Enchanteur pourrissant, parait l’année suivante, qui fait néanmoins suite aux Onze Mille Verges, un roman érotique qui circule sous le manteau dans Paris. Vient ensuite L'Hérésiarque et Cie, un recueil de contes, en 1910, le Bestiaire ou Cortège d'Orphée en 1911.

Celui, qui a servi de modèle au Douanier Rousseau en 1910, se fait critique d'art dans L'Intransigeant, ce qui lui assure quelques revenus réguliers. Dès le 1er avril 1911, Apollinaire anime également la rubrique "La Vie anecdotique" dans le Mercure de France. A l’automne cependant le poète est incarcéré une semaine durant à la Santé. Il est en effet accusé de complicité de vol, pour avoir restitué des statuettes dérobées au Louvre par Géry Pieret, qu’il hébergeait jusque là. Après la disparition de la Joconde dans le même musée, l’opinion cherchait en effet un coupable. Au mois de février 1912, paraît le premier numéro des Soirées de Paris, consacrées à l’art moderne. Seize autres suivront jusqu’au mois de juin 1913, année où parait Alcools, le premier grand recueil du poète.

Guillaume Apollinaire effectue quelques séjours en Normandie, à la Baule puis à Deauville. Il est de retour à Paris à l'annonce de l'imminence d'une mobilisation générale, et y rencontre Louise de Coligny-Chatillon, "Lou". Désireux de s’engager, Guglielmo Kostrowitzky passe le conseil de révision à fin du mois de novembre. Le 5 décembre 1914, le poète est incorporé au 38e régiment d'artillerie de campagne à Nîmes. Deuxième cannonier-conducteur, il est admis à un peloton d’élève-officiers créé à l’intérieur du régiment. Le 2 janvier 1915, de retour d'une permission passée à Nice, le poète rencontre dans le train Madeleine Pagès. Une nouvelle liaison commence. Au mois d’août 1915, la jeune femme deviendra sa fiancée.

Le 4 avril 1915 enfin, c’est le grand départ pour le front. Deux jours plus tard, il est à Mourmelon-le-Grand. Brigadier, Apollinaire est désigné comme agent de liaison. Son régiment est ensuite affecté au secteur des Hurlus, puis près de Perthes. Nommé maréchal des logis, il occupe à présent les fonctions de chef de pièce. Le 1er novembre 1915 cependant, pour pallier le manque d’officiers dû aux pertes, Apollinaire est transféré dans l'infanterie comme sous-lieutenant. Il est affecté, le 20 novembre, au 96e R.I. En première ligne, il connaît à présent la vie des poilus, dans la tranchée, face à l’ennemi. Ayant obtenu une permission, l’officier la passe à Oran, chez Madeleine Pagès, du 26 décembre 1915 au 11 janvier suivant. De retour sur le front, Apollinaire est à Damery, en seconde ligne quand, le 9 mars, il prend connaissance de la publication de son décret de naturalisation.

Quelques jours plus tard, le 14 mars 1916, l’officier monte en ligne avec son unité au Bois-des-Buttes, dans le secteur de la vallée de l'Aisne, au nord-ouest de Reims. Le 17, il est blessé à la tête d’un éclat d’obus qui perce son casque. Alors qu’il est évacué vers le Val-de-Grâce, un abcès provoque des paralysies partielles. Son état nécessite une trépanation. L’opération est un succès, mais elle est suivie d'une longue convalescence à l'hôpital du Gouvernement italien du quai d'Orsay. Au cours de cette période difficile, Apollinaire s'éloigne de Madeleine Pagès. Au mois d’octobre 1916, Le Poète assassiné est publié, Avec ce recueil de nouvelles, l'écrivain fait sa rentrée littéraire. Ses amis profitent de l’événement pour organiser un banquet en son honneur, le 31 décembre suivant.

L’année 1917 est particulièrement féconde. Les Mamelles de Tirésias paraissent le 24 juin, puis, en novembre, Vitam impendere amori. Apollinaire prépare également une édition de ses Calligrammes, auxquels il travaillait déjà avant la déclaration de guerre, et qui parait au mois d’avril 1918. Toujours tenu par ses obligations militaires, le poète est affecté au Bureau de Censure, jusqu’en avril 1918, moment où le ministre des Colonies Henri Simon le prend à son service dans son cabinet. Le 1er janvier 1918, Apollinaire est atteint d’une congestion pulmonaire. Hospitalisé à la villa Molière, transformé en hôpital, le poète y demeurera deux mois. Quelques temps plus tard, le 2 mai, il se marie à Louise Emma Kolb.

Atteint par la grippe espagnole, il décède le 9 novembre 1918. Il est inhumé le 13, au Père-Lachaise, alors que dans les rues de la capitale, les Parisiens fêtent l’armistice et la victoire sur l’Allemagne de Guillaume II.

le vendredi, 22 janvier 2016 posté dans la catégorie A