Jaurès (Jean)

Ecrit par Marc Nadaux

(3 septembre 1859 - 31 juillet 1914)


Jean Jaurès naît le 3 septembre 1859 à Castres. Il est issu d’une famille de la modeste bourgeoisie provinciale, des négociants en laine devenus exploitants agricoles. Son père, Jules Jaurès, est un petit paysan. Jean Jaurès effectue une brillante scolarité. Une bourse lui est accordée, qui lui permet de poursuivre ses études à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm, après avoir été reçu au premier rang du concours d’entrée en 1878. Ayant obtenu l’agrégation de philosophie en 1881, il est bientôt nommé professeur au Lycée d’Albi, puis maître de conférence à la faculté de Toulouse, un poste qu’il occupe jusqu’en 1885.

Il se décide alors à entrée en politique et est élu député du Tarn au mois d’octobre 1885.

Convaincu du bien-fondé des idéaux républicains, Jaurès figure parmi le groupe des Indépendants, en siégeant au centre gauche de l’Assemblée. Il soutient le plus souvent Jules Ferry, admirant cependant davantage Léon Gambetta. Au cours de ces années de vie parlementaire, quelques-unes de ses propositions de réforme sociale sont remarquées.

Après avoir rompu avec les opportuniste, Jaurès est battu à Castres aux élections qui se déroulent à l’automne 1889. Il reprend alors son enseignement à la faculté de Toulouse, se consacrant dans les années qui suivent à la rédaction de ses thèses de philosophie. Il est reçu docteur en philosophie en 1892, après avoir soutenu sa thèse principale, intitulée De la réalité du monde sensible, et sa thèse secondaire en latin, Des origines du socialisme allemand chez Luther, Kant, Fichte, et Hegel. Ce travail universitaire l’amène donc à approfondir sa réflexion personnelle à propos du socialisme et de ses fondements.

Ceci le conduit à préciser son engagement politique. A partir de 1887, Jean Jaurès collabore à la rédaction de La Dépêche de Toulouse, un journal radical dans lequel ses articles font la critique des appels à la violence des militants socialistes. Élu conseiller municipal de Toulouse, il devient maire adjoint à l’instruction publique en 1890, une fonction qu’il occupe jusqu’en 1893. Jaurès milite également à Carmaux, une cité ouvrière de verriers et de mineurs. Ceux-ci sont à l’époque en grève pour soutenir un des leurs, injustement licencié. La compagnie des mines, dirigée par le baron Reille et son gendre le marquis Ludovic de Solages, député de la circonscription, vient en effet de renvoyer Jean Baptiste Calvignac, leader syndical et nouveau maire de Carmaux depuis le 15 mai 1892. Le journaliste soutient alors le mouvement, par ses articles circonstanciés dans La Dépêche ; celui-ci s’achevant par la réintégration de Calvignac et la démission du marquis de Solages.

Jean Jaurès se convainc dès lors de la réalité de la "lutte des classes". Bientôt candidat à l’élection législative partielle, il est élu député de Carmaux le 8 janvier 1893, en adoptant cette fois-ci l’étiquette de socialiste indépendant. Il se rapproche du marxiste Jules Guesde et de son Parti ouvrier français (P.O.F.), en militant avec ardeur contre les "lois scélérates" qui restreignent les libertés. Celles-ci ont été votées entre les 17 et 27 juillet 1894 à l’initiative du président du Conseil, Charles Dupuy, afin de lutter contre les actes terroristes perpétrés par les anarchistes. Jean Jaurès est alors convaincu de l’imminence de la révolution prolétarienne. Ses discours, empreints de messianisme, montrent sa foi dans le changement social qui réconcilierait les hommes et dont l’initiative appartient au monde ouvrier.

Jaurès s’engage ensuite avec passion dans l’affaire Dreyfus. Le député, grâce à ses amis normaliens, à Lucien Herr notamment, est rapidement convaincu de l’innocence de l’officier français. Ce sentiment se renforce à la lecture du "J’accuse" de l’écrivain Émile Zola. Avec la publication de Preuves en 1898, Jean Jaurès milite ainsi pour le respect de la justice individuelle, en dénonçant l’arbitraire des grandes institutions, de l’armée notamment. Ces prises de position dreyfusardes sont à l’origine de sa défaite électorale à Carmaux, aux élections du mois de mai 1898. Quelques temps plus tard, il devient le directeur de La Petite République. Dans les colonnes de ce journal, sont publiées Les preuves relatives à l’affaire Dreyfus écrites de sa plume. Jaurès dirige également une Histoire socialiste de la France contemporaine, publiée entre 1901 et 1908, pour laquelle il rédige entre 1901 et 1903 les volumes consacrés à la Révolution française.

Au cours de ces années, celui qui fait profession de socialisme prend alors conscience des dangers de la montée du nationalisme et de l’antisémitisme. La défense de la république devient son objectif primordial : il soutient le gouvernement de Jules Waldeck Rousseau qui associe à son action, pour la première fois dans l’histoire de la Troisième République, le socialiste Alexandre Millerand, nommé au Commerce et à l’Industrie en 1899. Il s’oppose ainsi avec virulence à Jules Guesde, autre leader de la gauche, lors du Congrès International Socialiste qui se tient à Paris au mois de septembre 1900, autour de la participation à la vie parlementaire et gouvernementale. Jaurès et son Parti Socialiste Français, créé en 1901, s’engagent nettement en faveur du bloc des gauches et du gouvernement d’Émile Combes entre 1902 et 1905. Celui-ci prépare le vote de la séparation des Églises et de l’État qui intervient le 9 décembre 1905. Cependant, les réformes sociales attendues marquent le pas et Jaurès, nommé vice-président de la chambre en 1902, n’est pas reconduit dans cette fonction en 1904.

Jean Jaurès est enfin réélu député du Tarn en 1902. Après avoir longtemps écrit dans Le Mouvement socialiste, il fonde en 1904 le quotidien L’Humanité, dont le premier numéro paraît le 18 avril. Le journal reçoit le soutien d’Anatole France, académicien de son état.

Jaurès, qui milite depuis de nombreuses années pour l’unité des socialistes, obtient satisfaction en 1905. Au mois d’avril en effet, est fondée la Section Française de l’Internationale Ouvrière (S.F.I.O.) au congrès du Globe. Dans les années qui suivent, Jaurès engage le dialogue avec les syndicalistes révolutionnaires de la C.G.T. qui, dans leur Charte d’Amiens en 1906, affirment leur indépendance par rapport aux partis politiques. Il lutte aussi contre l’expédition coloniale au Maroc, une aventure inutile selon lui, qui est aussi une menace pour la paix sur le continent européen. Il est maintenant obsédé par le risque de conflit entre les grandes nations. Ces craintes se renforcent au vu des guerres Balkaniques en 1912 et 1913. Alors que son influence grandit à l’étranger, il rédige L’Armée nouvelle en 1910, un essai qui défend une organisation de la défense nationale fondée sur la préparation militaire de l’ensemble de la nation. Le député du Tarn mène une vigoureuse campagne contre la loi des trois ans de service militaire, votée le 7 juillet 1913. Ainsi, le 25 mai précédant, rassemble-t-il 150.000 personnes au Pré Saint-Gervais !

L’année 1914 lui apporte d’ailleurs un certain réconfort. Au printemps, les guerres balkaniques s’achèvent avec la signature du traité de Londres, le 31 mai. Quelques semaines auparavant, la gauche avait également remporté un franc succès aux élections législatives. Cependant, alors que l’affaire Caillaux passionne les Français en ce bel été 14, les événements se précipitent en Europe centrale. Le 23 juillet, l’Autriche de François-Joseph répond à l’assassinat de l’Archiduc François-Ferdinand, à Sarajevo le 28 juin 1914, par un ultimatum à la Serbie voisine. Jaurès tente alors d’infléchir la politique gouvernementale dans un sens favorable à la paix. Il multiplie les interventions et les articles, appelant le 14 juillet à la grève générale internationale contre la guerre. Croyant toujours à la solidité de l’internationalisme ouvrier malgré les signes de fracture, il participe à la réunion de Bruxelles des 29 et 30 juillet à l’issue de laquelle le Bureau Socialiste International demande à tous les partis socialistes européens d'organiser des manifestations pacifistes. A son retour en France, Jean Jaurès est assassiné à Paris par Raoul Villain, un nationaliste exalté, au café du Croissant, le 31 juillet 1914.

le lundi, 25 janvier 2016 posté dans la catégorie J