Marchand (Jean-Baptiste)

Ecrit par Eric Labayle

(22 novembre 1863 - 13 janvier 1934)

Jean-Baptiste Marchand est né le 22 novembre 1863 à Thoissey, dans le département de l’Ain.

Engagé volontaire le 17 septembre 1883 comme simple soldat au 4e régiment d’Infanterie de Marine, il rejoignait l’école Militaire d’Infanterie de Saint-Maixent le 23 avril 1886. Il en sortait sous-lieutenant en décembre 1887 et, après six mois au 1er régiment d’infanterie de marine, devenait officier de tirailleurs sénégalais. Il devait effectuer dès lors l’essentiel de sa carrière outre-mer, et surtout en Afrique (Sénégal, Soudan Français, Haut-Oubangui, etc.).

Le 22 juin 1896, il recevait le commandement d’une mission d’exploration baptisée Mission Congo-Nil. Il était alors capitaine depuis le 19 décembre 1892. Dans le contexte de la rivalité coloniale franco-britannique en Afrique, le rôle de cette « mission Marchand » était primordial. Il s’agissait, en se portant les premiers sur le Nil depuis les territoires d’Afrique occidentale sous contrôle français, de contester l’hégémonie britannique sur le grand fleuve et d’implanter au sud de l’Égypte un nouveau protectorat français. Pour cette expédition aussi hasardeuse des points de vue sanitaire que militaire, logistique ou politique, Marchand n’avait négligé aucun détail. Faisant preuve de la plus grande minutie dans la préparation, il s’était entouré d’officiers expérimentés, dont un certain lieutenant (puis capitaine) Charles Mangin, qui devait faire parler de lui pendant la Grande Guerre...

Le 10 juillet 1898, la colonne arrivait à Fachoda. La place était aussitôt mise en état de défense avant que, le 19 septembre, les choses ne se compliquent avec l’arrivée de lord Kitchener. Celui-ci venait de remporter la victoire d’Omdurman et ne comptait pas laisser des « Européens quelconques » lui interdire de contrôler le cours du Nil, de son delta jusqu’à ses sources... Après quelques négociations, les Britanniques établirent vite un blocus autour de la place de Fachoda et la crise, de locale, devint très vite internationale. Les relations entre la France et le Royaume-Uni se tendirent à un point qui fit craindre, l’espace d’un instant, qu’une guerre fût possible. Jouet malheureux des événements diplomatiques, Marchand (nommé chef de bataillon entre-temps, le 1er octobre 1898) avait toutes les peines du monde à communiquer avec Paris. En janvier 1899, un accord fut finalement trouvé entre les deux puissances coloniales. La Mission Congo-Nil évacua Fachoda sur ordre. Elle avait rempli sa mission mais ne pouvait tenir tête indéfiniment à une armée britannique beaucoup plus puissante.

Le 6 juillet 1899, le commandant Marchand était à nouveau affecté au 4e régiment d’infanterie de marine. Il était désormais nanti d’une popularité nationale, qui semblait bien le promettre au plus bel avenir militaire. Le 5 janvier 1900, il devenait lieutenant-colonel, après seulement quinze mois passés au grade inférieur ! En septembre suivant, il partait pour la Chine avec le corps expéditionnaire français chargé, au sein d’une force internationale, de s’opposer à la révolte des Boxers. Il y servait jusqu’en avril 1902. De retour en France, il était nommé colonel le 1er octobre 1902 et prenait la tête du 8e régiment d’infanterie coloniale. Le 17 mai 1904, il donnait sa démission de l’armée française. Il était alors chef de corps du 4e R.I.C.

Sa carrière civile a nettement moins d’éclat que sa carrière coloniale. Il entra en journalisme et s’essaya à la politique, mais sans grand succès. C’est pendant cet intermède qu’il épousa mademoiselle de Saint-Roman et s’installa dans le Gard.

Il reprit l’uniforme avec le déclenchement de la Grande Guerre. En août 1914, comme colonel de réserve, il était nommé adjoint au général gouverneur de Belfort. Le 8 septembre, il prenait la tête de la 2e brigade coloniale. Il était blessé une première fois le 1er octobre par un éclat d’obus qui lui fracassait le tibia, mais ne quittait son poste qu’après avoir mené à bien sa mission. Il revenait au front un mois plus tard, incomplètement guéri. Le 20 février 1915, il recevait les étoiles de général de brigade puis, le 14 mai, devenait commandant par intérim de la 10e DIC. Malgré quelque parenthèses, il devait conserver ce poste jusqu’à la fin de la guerre. Le 25 septembre 1915, alors que ses troupes participaient à la deuxième bataille de Champagne, il était très grièvement blessé au ventre par une balle de mitrailleuse. Mais il en fallait plus pour abattre cette force de la nature qui avait déjà maintes fois triomphé des fièvres tropicales. Après une période de convalescence, il retrouvait sa division. Il était une nouvelle fois blessé le 17 octobre 1916 dans la Somme, par éclat d’obus cette fois, mais refusait de se faire évacuer et conservait son commandement. C’est qu’en plus de sa remarquable santé, le général Marchand était doté d’un caractère peu commun. Orageux mais sensible, souvent obstiné et d’humeur changeante, il était aussi dur à la douleur que jusqu’au-boutiste pour lui-même. Le 4 avril 1917, il était nommé général de division du cadre des officiers de réserve. On le trouve ensuite avec sa division sur le chemin des Dames, devant Verdun (secteur de Douaumont), sur le saillant de Saint-Mihiel (hiver et printemps 1918) puis devant Château-Thierry, fin mai, où il interdit aux Allemands le passage de la Marne. Il resta fidèle à ce champ de bataille sur lequel il combattit jusqu’au 27 juin, puisqu’il y revint le 21 juin 1925, pour participer à l’inauguration du nouveau pont sur la Marne (il avait lui-même donné l’ordre de détruire le précédent...!).

 Jean-Baptiste Marchand quittait l’armée, définitivement cette fois, le 4 avril 1919. Il est mort à Paris le 13 janvier 1934 et fut inhumé à Thoissey, son village natal de l’Ain.

le jeudi, 17 septembre 2015 posté dans la catégorie M