Kai-Chek (Tchang– Jiang Jieshi)

Ecrit par Agnès Granjon

(31 octobre 1887 - 5 avril 1975)

 

 


Tchang Kaï-chek (transcription du pékinois Jiang Jieshi) naît le 31 octobre 1887 à Qikou, près de Ningbo, dans la province chinoise du Chekiang, au sein d’une famille aisée de petits propriétaires terriens et de négociants. Il est élevé selon les valeurs du confucianisme et du bouddhisme. Au cours de ses études classiques suivies à Fenghua, l’adolescent découvre les thèses révolutionnaires du docteur Sun Yat-Sen. Imprégné par les valeurs nationalistes, le jeune homme choisit ensuite la carrière militaire. En 1905, il coupe sa natte, emblème de soumission à la dynastie impériale mandchoue régnante, les Qing. Au cours d’un voyage à Tokyo, il s’imprègne auprès de Chen Qi Mei, des idées nationalistes de Sun Yat-Sen. De retour en Chine, Tchang entre à l’École Militaire Nationale de Baoding. Une bourse d’études lui est ensuite attribuée pour l’Académie militaire Chen Ou De de Tokyo, qu’il rejoint en 1907. L’année suivante, il rencontre Sun Yat-Sen, alors en exil au Japon, et adhère à la Tongmenghui, "ligue d’union jurée", organisation chinoise secrète de tendance républicaine fondée par Sun. En 1909, le jeune militaire effectue un stage au sein de la 13e brigade de campagne de l’armée nippone.

Tchang Kaï-chek rentre en Chine à l’été 1911. Après avoir rendu visite, à Hikéou, à sa femme Mao Fu Mei qui vient de lui donner un fils, Jiang Jing Kuo, il rejoint son maître Cheng Qi Mei à Shanghaï. A ses côtés, Tchang participe à la révolution qui conduit au renversement du gouvernement impérial. Membre fondateur du Kuomintang, "le parti national du peuple" qui est créé par Sun Yat-Sen à la suite de la scission de la ligue jurée, Tchang obtient le commandement d’un régiment avec lequel il conquiert Hangzhou, puis, à la tête de la 5e brigade des armées révolutionnaires, il s’assure du contrôle du Jiangsu et de sa capitale, Nankin. Mais Sun Yat-Sen, qui a proclamé la république en 1912, ne parvient pas à s’imposer auprès des chefs militaires locaux, seigneurs de la guerre qui contrôlent chacun une partie de l’immense territoire chinois. Après un séjour au Japon, où il publie une revue, La Voix militaire, Tchang Kaï-chek participe ainsi en 1915-1916 à la campagne contre le chef de guerre Yuan Shikai, qui meurt en 1916 sans que le Kuomintang ne réussisse cependant à unifier le pays. A la suite d’un nouveau séjour au Japon, sur les pas de Sun Yat-Sen, Tchang se rend à Canton, puis, durant quelques années, il s’établit à Shanghaï. Il travaille un temps comme courtier à la bourse, et noue des liens fructueux avec les banquiers de la ville, ainsi qu’avec les sociétés secrètes, notamment celle de la "Bande verte".

Très vite néanmoins, Tchang abandonne les affaires et rendosse son uniforme. Au début des années 1920, le général Tchang Kaï-chek commande l’armée du Guangdong, principale force militaire du Kuomintang. En 1923, Sun Yat-Sen instaure un gouvernement républicain à Canton et, recherchant des appuis extérieurs contre les puissances européennes implantées en Chine, il se rapproche de l’U.R.S.S. et s’allie avec le parti communiste chinois fondé en 1921.

A sa demande, Tchang effectue un séjour de plusieurs mois à Moscou pour étudier le fonctionnement du système soviétique et suivre un stage d’études militaires. Il rencontre ainsi Trotski, Tchitcherine, ainsi que certaines personnalités étrangères du Komintern, l’Internationale communiste. Tchang en revient fortement impressionné par le régime bolchevique, organisé autour d’un parti unique disposant de sa propre armée. A son retour en Chine, Sun le nomme directeur de l’Académie militaire de Whampoa, le centre de formation de l’armée du Guangdong. Chargé de l’instruction militaire, de la propagande et de la nouvelle orientation du parti nationaliste, Tchang s’entoure de conseillers soviétiques et du communiste Chou-En-Laï, qui est désigné commissaire politique adjoint. A la tête de l’Académie, le général distingue de jeunes officiers qui deviendront les cadres de sa future armée.

La mort de Sun Yat-Sen en mars 1925 marque un tournant dans la carrière politique de Tchang Kaï-chek. La disparition du fondateur du Kuomintang est suivie de luttes internes au sein du parti. Mais très vite, Tchang, déjà commandant en chef de l’armée révolutionnaire nationale, devient membre du comité exécutif du parti, et prend la tête de la faction modérée.

Président du conseil de gouvernement, il réorganise le parti en excluant les communistes des postes à responsabilité. En mars 1926, prétextant que certains d’entre eux veulent l’éliminer, il ordonne leur arrestation et renvoie plusieurs de ses conseillers soviétiques. Les liens sont cependant maintenus entre le Kuomintang et le parti communiste chinois, qui poursuit comme Tchang le rêve de Sun Yat-Sen : la réunification de la Chine. Le 27 juin 1926, Tchang Kaï-chek lance "l’expédition vers le nord" contre les seigneurs de la guerre qui ont profité de la faiblesse de la république pour conforter leur pouvoir dans les provinces. En moins d’un an, les troupes nationalistes contrôlent le sud jusqu’à la vallée du Yang-Tsé. Mais le Kuomintang est désormais scindé en deux factions, la tendance de gauche, regroupée autour de Wang Jingwei, est soutenue par les communistes, tandis que la tendance de droite, dirigée par Tchang, qui détient l’essentiel du pouvoir militaire, s’appuie sur les milieux financiers et sur les ressortissants des colonies étrangères, en particulier à Shanghaï. Pour Tchang Kaï-chek en effet, le soutien des puissances occidentales est la clé de la reconstruction chinoise. En avril 1927, il rompt avec les communistes et interdit leur parti. La mission soviétique de Mikhaïl Borodine doit quitter le pays. Les soulèvements communistes déclenchés dans les grandes villes sont réprimés dans le sang. Ainsi fût fait en mars à Shanghai, à Hankéou, puis à Canton à la mi-décembre, ainsi que dans d’autres villes du Centre et du Sud du pays. A la fin 1927, Tchang, qui s’est séparé de sa première épouse en juin 1921, se remarie avec Soong Meiling, sœur de la veuve de Sun Yat-Sen. Cette nouvelle alliance scelle définitivement les liens du général avec les milieux financiers et d’affaires. Née dans une famille de riches banquiers et d’industriels chinois, éduquée aux Etats-Unis au collège géorgien de Wellesley où elle obtint un diplôme en littérature anglaise et en philosophie, Soong Meiling, jeune femme brillante et charmeuse, aura une grande emprise sur son époux et sera son meilleur agent auprès du gouvernement américain. Sous l’influence de sa femme, Tchang se convertit au christianisme méthodique, tout en développant le "mouvement de la nouvelle vie", idéologie confucéenne basée sur un système autoritaire.

En avril 1928, Tchang Kaï-chek relance l’expédition du nord. Il entre dans Pékin le 8 juin. Devenu le maître incontesté du bassin du Yang-Tsé, il devient président de la république chinoise le 4 octobre et installe alors son gouvernement à Nankin. L’unification du pays est pratiquement réalisée. En négociant ou en combattant, Tchang étend son autorité sur la Chine du nord. Mais la persistance de fortes oppositions politiques conduit rapidement à l’abandon effectif de l’expérience républicaine, Tchang Kaï-chek concentrant l’essentiel du pouvoir entre ses mains en s’appuyant sur ses alliances personnelles : la république se transforme en une dictature nationaliste. S’ouvre alors une courte période de paix relative, "la décennie de Nankin". Avec le soutien des Etats-Unis et du Royaume-Uni, le président entreprend de moderniser et d’industrialiser la Chine. Il favorise aussi le développement des infrastructures de transports. Pour restaurer l’indépendance complète du pays, à mesure qu’ils arrivent à expiration, Tchang Kaï-chek dénonce les anciens traités sur les concessions et les privilèges économiques et juridiques accordés aux étrangers depuis 1842. C’est ainsi la fin de l’exterritorialité pour la Belgique, l’Italie, le Danemark, le Portugal et l’Espagne. La Chine recouvre son autonomie douanière et le contrôle des ports. En 1930, la Grande-Bretagne lui restitue le territoire de Wei-Haï-Weï.

Cependant, Tchang se montre incapable de réformer la Chine en profondeur. En raison de ses liens avec les milieux financiers et les grandes familles terriennes, il ne prend aucune mesure pour lutter contre les très fortes inégalités sociales et pour soulager la misère paysanne.

L’extrême pauvreté d’une grande partie de la population rurale, en particulier dans les provinces du Sud, encourage l’essor de bastions communistes dont le plus important est dirigé par Mao Tsé-Toung. Les activistes communistes sont dans un premier temps relativement épargnés, les troupes nationalistes étant retenues dans le nord du pays. A partir de mars1930 cependant, Tchang Kaï-chek entreprend de les éliminer en lançant successivement contre eux cinq "campagnes d’extermination", qui lui valent le surnom de "Gemo" (généralissime). Les quatre premières échouent. Tchang fait alors appel en 1933 à une mission allemande, dirigée par le général Falkenhausen, pour conseiller ses officiers en tactique militaire. En octobre 1934, la nouvelle offensive de l’armée nationaliste, forte de près d’un million d’hommes, contraint les communistes à évacuer la province du Kiang-si. Tout au long des 11.600 km de la "Longue Marche", qui conduit les combattants communistes au Chen-si, dans le nord-ouest de la Chine, les survivants sont continuellement harcelés par les troupes du Kuomintang.

Le président chinois ne peut cependant mettre fin à la menace communiste. Dans le même temps, il doit aussi faire face à un péril encore plus inquiétant. En septembre 1931, les Japonais envahissent la Mandchourie, occupant la région la plus industrialisée de la Chine. Dès lors, Tchang doit combattre sur deux fronts. A partir de 1933, les troupes nippones s’emparent de la province du Jehol et progressent vers le sud jusqu’aux faubourgs de Pékin. La population chinoise réclame l’alliance entre nationalistes et communistes pour faire face l’invasion. En juin 1936, Tchang Kaï-chek doit mater la révolte de Kouangtoung et de Kouangsi. Le 12 décembre 1936, alors qu’il se trouve en tournée d’inspection à Xian, il est séquestré par son second, le général Zhang Xueliang, qui souhaite le convaincre de s'associer avec les communistes contre les Japonais. Contraint à cette alliance contre nature, Tchang est libéré au bout de dix jours, sur l’intervention semble-t-il de Staline, après avoir conclu avec Chou-En-Laï un pacte de front commun contre les envahisseurs nippons. Le généralissime s’engage à réorganiser l’armée en y intégrant les troupes communistes. Promesse jamais tenue. Tout au long du conflit sino-japonais, Tchang continuera à guerroyer contre l’ennemi communiste.

En juillet 1937, l’incident du pont Marco Polo à Lugougiao marque le début de la poussée japonaise en Chine du sud et en Chine centrale. La trêve entre Tchang et les communistes est intervenue trop tard pour stopper la progression nippone. Pékin, Tai-yuan, Nankin, Canton, Hankéou, Shanghaï tombent successivement. Dès 1939, les Japonais contrôlent les régions les plus riches du pays, alors en pleine anarchie. Face à l’avancée japonaise, Tchang doit abandonner Hankéou, où il avait dans un premier temps déplacé sa capitale, pour se replier à Tchoung-king, dans les montagnes du Sichuan, l’une des provinces les plus arriérées du pays. A la tête du comité national de défense, le président tente, le plus souvent en vain, de résister à la progression nippone. Les meilleures troupes du Kuomintang ont été exterminées par les Japonais. Le gouvernement ne contrôle plus que quelques provinces du sud-ouest de la Chine. Le caractère conservateur et autoritaire du régime se renforce. Politiquement très affaibli, Tchang voit son autorité minée par les intrigues de son entourage et par la corruption. L’incurie se ressent fortement au sein de l’administration et de l’armée. Les seigneurs de la guerre réapparaissent sur la scène politique. Privé de ressources, subissant une inflation galopante, l’État nationaliste, et avec lui l’armée, est en pleine décomposition. La popularité du généralissime en souffre beaucoup.

Paradoxalement, alors que son pouvoir en Chine s’est réduit comme peau de chagrin, Tchang Kaï-chek devient au cours du second conflit mondial une figure internationale, l’un des "quatre grands" leaders des Alliés. En dépit de la désagrégation de son régime, le président chinois se montre exigeant avec les représentants alliés, menaçant à de nombreuses reprises de traiter avec le Japon s’il n’obtient pas satisfaction. Il entretient des relations épistolaires fréquentes avec le président Roosevelt qui, pour des raisons stratégiques, souhaite conserver l’alliance de la Chine nationaliste. La cause chinoise est alors très populaire en Amérique, où la femme de Tchang et son frère, le banquier Song, ont tissé, au cours de nombreux voyages, tout un réseau de relations dans les milieux d’affaires et d’intellectuels. Surtout, Roosevelt compte faire de la Chine l’une des grandes puissances de l’après-guerre pour contrebalancer celle des Soviétiques. Tout au long du conflit, Tchang Kaï-chek exploite sans vergogne la bonne volonté du président américain. Il obtient ainsi l’aide logistique des Etats-Unis en 1941, puis une aide militaire en juin 1942. Le général Stilwell est alors désigné pour être son conseiller militaire et son chef d’état-major, Tchang Kaï-chek étant nommé "commandant suprême des forces alliées sur le théâtre d’opération chinois". Le généralissime a en effet énergiquement refusé que les troupes chinoises soient placées sous un commandement étranger. Les Etats-Unis consentent également un prêt de 500 millions de dollars pour assainir les finances de son gouvernement. Une grande partie de cette aide financière est dilapidée par Tchang et son entourage, en particulier par son beau-frère, qu’il a successivement nommé ministre des Finances, des Affaires Étrangères, puis Premier ministre. En janvier 1943, pour lever toute méfiance sur les intentions des Alliés, Roosevelt décide, et persuade Churchill, de rétrocéder à la Chine les concessions américaines et anglaises détenues depuis le XIXe siècle. Un traité entérinant cet accord est signé par Tchang Kaï-chek, à Washington avec les Américains, à Tchoung-king avec les représentants britanniques.

Du 22 au 26 novembre 1943, Tchang Kaï-chek participe à la première phase de la conférence internationale du Caire. Churchill, et surtout Roosevelt, s’engagent alors à lui accorder les moyens de mieux résister aux Japonais, et même de passer à l’offensive. En contrepartie, les Alliés affirment que la Mandchourie et Formose reviendront à la Chine à l’issue du conflit. Satisfait, le président chinois donne son accord pour collaborer au rétablissement des communications entre l’Inde et la Chine en aidant à la reconquête de la Birmanie du Nord. Cependant, après le départ de Tchang, ces décisions sont remises en cause lors de la seconde phase de la conférence, en raison des exigences exorbitantes et sans cesse croissantes de Tchang Kaï-chek. Au cours des mois suivants, Tchang harcèle Roosevelt de messages de plus en plus pressants et insatiables, réclamant de l’argent, des armes, des avions, contre son aide militaire dans le nord de la Birmanie. Les menaces de Roosevelt de reconsidérer sa politique d’aide à la Chine n’effrayent nullement le généralissime. Ce n’est que le 14 avril que, cédant aux pressions américaines, Tchang Kaï-chek ordonne le déclenchement d'une offensive en Birmanie, au-delà de la Salouen. En définitive, la contribution des troupes de Tchang à la défaite nippone est pour ainsi dire inexistante. Laissant l’initiative des combats aux Américains, le président ménage ses forces, qu’il sait affaiblies, mal préparées, mal dirigées et mal équipées, en vue de l’affrontement futur, qu’il juge inévitable, avec les communistes. Il espère ainsi libérer la Chine sans y épuiser ses propres troupes. Sur son ordre, le matériel moderne envoyé par les Alliés est mis en réserve. Jusqu’à la fin du conflit, Tchang Kaï-chek refuse d’équiper et de ravitailler les troupes communistes. Celles-ci sont pourtant les seules forces chinoises à combattre réellement les envahisseurs japonais, avec succès à partir de 1944, et l’influence communiste grandit sur tout le territoire. En octobre 1944, Tchang destitue le général Stilwell, avec qui il a toujours entretenu des relations conflictuelles, contraignant Roosevelt à nommer à sa place le général Wedermeyer. Contre toute raison, le président américain consent à tous les sacrifices pour garder la Chine nationaliste à ses côtés.

Le 31 mai 1945, Tchang Kaï-chek abandonne la direction du conseil nationaliste. Le docteur Song Ziwen lui succède. Il reste cependant président de la Chine. Réinstallé à Nankin, le 15 août 1945 il annonce la capitulation japonaise à la radio, déclarant que "notre foi dans la justice à travers les jours noirs et sans espoir tout au long de huit années de guerre a été récompensée". Le 18 août, la mission envoyée par Tchang pour conférer avec les émissaires japonais, en présence de Lord Mountbatten, arrive à Manille. Le même jour, à la radio de Moscou, est lu un message de Tchang Kaï-chek à Staline dans lequel il annonce que l'amitié entre les deux nations servira non seulement la "paix éternelle" dans l'est asiatique, mais qu'elle est un important facteur pour la "création d'un ordre nouveau dans le monde entier".

Cette déclaration est suivie le 24 août par la signature d’un traité d’amitié et d’alliance entre le gouvernement nationaliste et l’U.R.S.S. Les autorités soviétiques font même pression sur Mao Tsé-Toung pour tenter d’éviter la guerre civile. Le 29 août, Mao se rend ainsi lui-même à Tchoung-king pour proposer à Tchang de former un gouvernement de coalition. Le 11 octobre, puis le 10 novembre, deux accords sont conclus entre Tchang Kaï-Chek et Mao, et les communistes évacuent les régions au sud du Yang-Tsé.

Cependant, en dépit des efforts consentis par les communistes, de la médiation américaine, de l’impopularité de son régime, et bien que le Kuomintang sur lequel il s’appuie est en pleine désintégration, Tchang Kaï-chek refuse de partager le pouvoir. La guerre civile reprend avant la fin de l’année 1945. Le généralissime décide d’envoyer ses meilleures troupes en Mandchourie et de s’assurer du contrôle des villes et des principales voies de communication du centre et du nord. Les premiers mois sont plutôt favorables aux troupes nationalistes qui, plus nombreuses et mieux équipées, détiennent les grandes villes. Mais, aguerris par les années de lutte contre les Japonais, mieux organisés, et soutenus par la population, les communistes contrôlent déjà le nord de la Chine. Au printemps 1947, Tchang lance son armée dans une série d’offensives dans le nord-ouest du pays. Toutefois, à l’été 1947, alors que la progression des nationalistes s’épuise, les communistes déclenchent une offensive générale et remportent des batailles décisives. Fin 1948, ils sont maîtres de la Mandchourie, de la Chine du nord et du centre, et avancent progressivement au sud. Le président chinois bénéficie pourtant toujours du soutien américain. Un traité "d’amitié, de commerce et de navigation" a été signé avec les Etats-Unis le 9 décembre 1946, aux termes duquel, en échange d’importants avantages militaires, économiques et financiers, les Américains apportent une aide conséquente au gouvernement de Tchang. Mais le président Truman étant plus favorable à une paix de compromis entre nationalistes et communistes, l’aide américaine reste limitée. Tchang Kaï-chek est de plus en plus isolé, abandonné par un grand nombre de ses soldats qui désertent ou passent à l’ennemi, et par ses gouverneurs qui capitulent sans combattre. Réélu président de la république chinoise en mai 1948, Tchang démissionne le 21 janvier 1949. Le lendemain, les communistes entrent dans Pékin, livrée sans combat par le général Fuzuoyi, commandant de la région. La prise de Pékin est suivie par une mise à l’écart temporaire de Tchang au sein du Kuomintang. Mais son successeur Li Tsong-jen n’étant pas parvenu à un accord avec les communistes, le généralissime reprend rapidement le pouvoir, sans réussir à enrayer la progression des communistes, qui conquièrent Nankin le 24 avril. A cette date, ce qu’il reste de l’armée nationaliste est totalement désorganisé. Après s’être réfugié durant une courte période à Tchoung-king, Tchang doit abandonner le continent le 8 décembre 1949 et rejoindre avec les restes de son armée l’île chinoise de Formose (Taïwan), sous la protection de la VIIe Flotte américaine. Mao a déjà proclamé la République Populaire le 1er octobre à Pékin.

Le 1er mars 1950, le gouvernement nationaliste s’exile à son tour. Deux millions de continentaux suivent Tchang Kaï-chek à Formose ; cette "irruption" est plutôt mal accueillie. Tchang s’établit à Taipei où il fonde la République de Chine, dont il reste le président jusqu’à son décès : il est successivement réélu en 1954, 1960, 1966 et 1972... en dépit de la constitution qui interdit de prolonger le mandat présidentiel plus de deux fois. La république nationaliste est officiellement reconnue par l’Organisation des Nations Unies. Pour se concilier la population locale, le généralissime réforme le parti et fait participer les Taiwanais à son gouvernement. Plus ou moins délaissé par les Etats-Unis dans les premiers mois de son exil, le dictateur doit au déclenchement de la guerre de Corée de bénéficier à nouveau du soutien américain, ce qui met fin aux projets d’invasion de Taiwan par les communistes : Formose est d’un grand intérêt stratégique pour les Etats-Unis dans cette région menacée par le communisme. Le 3 décembre 1954, Tchang signe avec les représentants américains un traité de défense mutuelle. L’aide des Etats-Unis lui permet d’entretenir une armée de 680.000 hommes, dans l’objectif de reconquérir la Chine continentale, et de mettre en place un ambitieux programme de développement. En janvier 1953, il lance une réforme agraire qui initie le redressement économique de l’île. Sous sa direction, Formose se modernise, développe son industrie et devient très compétitive au sein du commerce international.

Jusqu’à la fin de sa vie, l’appui américain permet à Tchang de contenir la menace communiste. En janvier 1955, il doit pourtant faire évacuer deux archipels à proximité du continent, les îles Tachen et les îles Nanchi. D’août à octobre 1958, il est également confronté au blocus maritime et aux bombardements des îles Quemoy par l’armée de la République Populaire. L’intervention diplomatique des Etats-Unis, et le manque de soutien effectif de l’U.R.S.S. aux communistes chinois mettent cependant un terme à la crise. Les dernières années de Tchang Kaï-chek sont assombries par l’évolution de la politique internationale qui conduit les grandes puissances à reconnaître officiellement la Chine communiste. Le 27 janvier 1967, Tchang dénonce ainsi l’établissement de relations diplomatiques entre Paris et Pékin. A leur tour, les Etats-Unis normalisent leurs relations avec le gouvernement de Mao Tsé-Toung, et le 25 octobre 1971, la résolution 2758 oblige Tchang à céder son siège à l’O.N.U. à la République Populaire de Chine, reconnue comme unique représentant de la Chine. Ses relations s’enveniment aussi avec le Japon, et les relations diplomatiques sont rompues le 29 septembre 1972. Son grand âge et la maladie contraignent peu à peu Tchang Kaï-chek à confier ses pouvoirs à son fils Jiang Jing Kuo. Il meurt à Taipei le 5 avril 1975.

le lundi, 25 janvier 2016 posté dans la catégorie K