Kipling (Rudyard)

Ecrit par Marc Nadaux

(30 décembre 1865 - 18 janvier 1936)

 

 

Rudyard Kipling naît le 30 décembre 1865 à Bombay, en Inde. Il est le fils de Lockwood Kipling, artiste à ses heures, qui enseigne l’architecture et la sculpture à l’École des Arts de la ville. Au mois de juin 1868, naît sa sœur Alice. L’enfant passe les six premières années de sa vie en Inde ; il en conservera un souvenir idyllique. En 1871 cependant, Rudyard est envoyé par ses parents en Angleterre afin d’y effectuer ses études. Avec sa sœur qui l’accompagne, il est confié aux bons soins des Holloway, une famille à l’esprit puritain qui réside à Southsea. L’enfant souffre bientôt de l’éloignement, comme du manque de liberté. Fort heureusement, il est parfois en vacances pendant quelques temps chez ses grands-parents à Londres. Sa mère, en visite en Angleterre en 1876, s’aperçoit de la détresse affective de ses enfants et les place dans une institution. Deux années plus tard, Rudyard Kipling entre au collège de Westward Ho, près de Bideford, dans le nord du Devon. Il y reçoit une éducation toute britannique, fort spartiate donc. Et s’il est handicapé dans les activités sportives par sa vue déficiente, l’adolescent se prend à cette époque de passion pour la littérature.

Au mois d’octobre 1881, il est de retour en Inde. Il exerce alors la profession d’assistant éditeur pour la Lahore Civil and Military Gazette, un emploi obtenu au mois de novembre 1882 grâce aux relations de son père. A présent, celui-ci est le conservateur du musée de Lahore. Cinq années plus tard, Rudyard Kipling se voit offrir le poste de rédacteur en chef d’un journal plus important d’Allahabad, The Pioneer. A coté de ces activités de journaliste, il se consacre également à l'écriture de nouvelles et celles-ci sont réunies en 1887 en un recueil intitulé Plain Tales from the Hills (Simples contes des collines). Dans ce premier volume, Kipling évoque entre autres le problème d’identité auxquels sont confrontés les métis anglo-indien dans ce monde colonialiste, fortement cloisonné et hiérarchisé. L’année précédente, il a également publié les Soldier Tales (Chants des divers services), des poèmes et contes satiriques sur la vie en Inde.

Pendant l’année 1887, Kipling rédige encore six autres récits parmi lesquels The Phantom Rickshaw (Rickshaw fantôme) et In Black and White (En blanc et noir). Publiées dans des éditions à bon marché, ces œuvres sont des succès commerciaux. Rudyard Kipling devient le correspondant du Pioneer à l’étranger, ce qui lui permet d’effectuer un vaste périple autour du monde, à partir du mois de mars 1889. Il se rend ainsi à Singapour, puis à Hongkong et au Japon, avant de gagner les étendues du Pacifique. Dès le mois de septembre suivant, il s’installe à Londres, à Villiers Street, dans le Strand. Ses œuvres, consacrées à la vie des Anglais en Inde et qui révèlent le profond attachement de son auteur pour ce pays, commencent à l’époque à être lues en Angleterre. A tel point que le 25 mars 1890, le Times consacre son éditorial à l’écrivain. L’année suivante, est publiée Life's Handicap (Handicap de la vie), puis les Barrack-Room Ballads en 1892, qui en font enfin un auteur populaire. Grâce notamment à l’emploi du vocabulaire argotique des soldats, Rudyard Kipling sait en effet rendre vivante cette ambiance particulière, celle de la société militaire aux Indes.

En 1891, Kipling voyage dans les mers du Sud, en Nouvelle-Zélande et en Australie notamment. Ses articles seront publiés plus tard, en 1899, dans From Sea to Sea (D’une mer à l’autre). Il passe ensuite les fêtes de Noël avec sa famille en Inde, avant de gagner les États-Unis. L’écrivain anglais y fait la rencontre de Mark Twain. Le 18 janvier 1892, à l’âge de quarante-quatre ans, il épouse d’ailleurs une américaine, Caroline Balestier. Une fille, Josephine, naît dès le mois de décembre suivant, puis Elsie en 1896 et enfin John l’année suivante. Kipling séjournera quatre années dans le Vermont, à Brattleboro, où vit sa belle-famille. Il se remet lentement de ses problèmes de santé. Il rédige alors The Jungle Book (Le Livre de la jungle) en 1894, auquel il donne une suite. Ces volumes, des recueils de contes animaliers, mettent notamment en scène le personnage de Mowgli, "le petit d'homme" qui grandit dans la jungle mais choisit finalement de rejoindre le monde des humains. Vient ensuite Captains Courageous (Capitaines courageux) en 1897, un récit d’aventures sur mers.

De retour en Angleterre l’année précédente, Kipling s'installe alors à Bateman's, une villa située dans un village du Sussex. Aux côtés des Britanniques, il célèbre alors le second jubilé de la reine Victoria. En 1897, ont en effet lieu les grandioses festivités des soixante années de règne de la souveraine. Venus de toutes les parties de l’Empire, des représentants des peuples soumis figurent auprès des souverains étrangers invités aux cérémonies. Pour l’occasion, Rudyard Kipling rédige le Recessional, un hymne à la gloire de l’Empire, publié le 17 juillet dans le Times. Depuis, le 1er mai 1876, Victoria est d’ailleurs Impératrice des Indes, un titre symbolique de l'impérialisme britannique.

Et on retrouve cet esprit dans les poèmes que l’écrivain rédige à l’époque : des Barrack-Room Ballads (Chansons de la chambrée) en 1892, en passant par The Seven Seas (Les Sept Mers), en 1896. Il s’éloigne ensuite de cet esprit nationaliste avec Stalky & Co, publié le 6 octobre 1899 et qui raconte ses années passées au collège. Rudyard Kipling travaille également à des récits destinés aux enfants, comme Just So Stories (Histoires comme ça pour les petits), un recueil de fables publié en 1902, ou Puck of Pook's Hill (Puck, lutin de la colline) en 1906. C'est ainsi qu’il publie Kim en 1901, un conte picaresque, le récit des aventures de Kimball O'Hara dans les montagnes de l’Himalaya. Autre grand succès. 

En 1899, retrouvant prenant le chemin de l’actualité, Kipling se rend en Afrique du Sud pour y suivre l’évolution de la guerre des Boers. Il se lie alors d’amitié avec Cecil Rhodes. En 1903, cette expérience lui inspirera The Five Nations (Cinq Nations).

A présent riche et célèbre, consacré de par le monde comme le "chantre de l'Empire britannique", il reçoit le prix Nobel de littérature en 1907, avant de se rendre au Canada puis en Égypte en 1913. On fait également appel à ses services en 1911 pour la rédaction d’une manuel scolaire, Histoire de l’Angleterre pour les écoliers. Dès cette époque cependant, l’œuvre de Kipling semble provenir d’un autre monde aux yeux de ses contemporains. Au moment où on songe à la création d’un Commonwealth, celui-ci appartient à une époque révolue, celle de l’Empire triomphant, de la reine Victoria et de Benjamin Disraeli. Ainsi Rudyard Kipling, même s’il montre dans ces écrits un profond attachement pour les Indes, s’il en décrit la société avec beaucoup d’idéalisme, n’en appartient pas moins à l’esprit du colonialisme. Et Kipling, avec ces œuvres, se coupe irrémédiablement de son époque qui en rejette peu à peu l’héritage. L’anticolonialisme se révèle plus prégnant que le simple goût pour l’exotisme.

Avec la première guerre mondiale, l’écrivain est affecté par la mort de son fils John, officier au régiment des Irish Guards. Celle-ci survient en 1915, après la disparition de sa fille Josephine en 1899. Au cours du conflit, Rudyard Kipling rédige de nombreux articles pour le Daily Telegraph, réunit par la suite dans des volumes de littérature de guerre : The New Army in training, ainsi que France in War en 1915, Sea Warfare en 1916, The War in the mountains en 1917, à propos du front italo-autrichien... Dans les années qui suivent, Kipling s’investit dans l’Imperial War Graves Commission, où il est entré en 1917. En 1923, est publié The Irish Guards in The Great War, l’histoire du régiment de son fils défunt, pendant le conflit qui vient de s’achever. En 1926, Debits et Credits, rassemble encore des nouvelles à propos de la "Great War".

En 1927, l’écrivain voyage au Brésil. Il passe également trois mois aux îles Bermudes en 1930. Rudyard Kipling continue également de publier des poèmes. En 1930, Thy Servant a Dog, un roman dans lequel le narrateur est un chien, est un énorme succès d’édition. C’est aussi pour lui l’époque des honneurs. Il est ainsi désigné comme Lord Rector de l’Université de Saint Andrews en 1923, puis reçoit trois ans plus tard la médaille d’or de la Société royale de la littérature, une récompense rarement décernée.

Le 18 janvier 1936, Rudyard Kipling décède à Londres, des suites d’une perforation du duodenum, dans sa soixante-dixième année. Il repose à l’abbaye de Westminster, dans le Poete’s Corner. En 1937, est publiée Something of Myself for my Friends Known and Unknown (Quelques choses de moi même), une autobiographie inachevée.

le lundi, 25 janvier 2016 posté dans la catégorie K