Lénine (Wladimir Illich Oulianov)

Ecrit par Éric Labayle

(22 avril 1870 - 21 janvier 1924)


 

Vladimir Ilitch Oulianov est né à Smibirsk (nom de la ville d'Oulianovsk avant 1924) le 22 avril 1870 (10 avril, dans le calendrier julien), dans une famille bourgeoise. Grâce à cette extraction plutôt aisée, grâce aussi à son milieu culturel (son père était inspecteur de l'enseignement), il a pu recevoir une solide éducation. Après ses études secondaires, il commence une scolarité universitaire à Kazan.

Son engagement révolutionnaire remonte à 1887. Cette année là, son frère se trouve impliqué dans un complot visant à assassiner le tzar Alexandre III ; arrêté après l'échec de l'attentat, il est exécuté. Le jeune Vladimir en conçoit à la fois un profond ressentiment contre le régime tsariste et un vif intérêt pour la cause marxiste et populiste (il se détache cependant très vite de cette dernière, avant de s'y opposer). C'est à l'université de Kazan qu'il prend contact pour la première fois avec des groupes marxistes. Mais son engagement politique lui vaut d'être renvoyé de Kazan et c'est à Saint-Pétersbourg qu'il termine ses études. C'est pendant cette période qu'il rencontre sa future femme : Nadejda Kroupskaïa. 

Comme étudiant, puis comme avocat, il fréquente assidûment les cercles ouvriers de la capitale. Mais ce militantisme ne lui suffit pas. Il commence à rédiger des ouvrages politiques, et collabore à des journaux marxistes.  Il se fait remarquer par un style souvent violent, provocateur et très polémiste. Les grands traits de son discours politiques sont nés : la volonté acharnée de faire passer ses adversaires pour de véritables ennemis mortels de la cause qu'il défend, et la recherche d'un rassemblement des militants autour de sa personne, lors des querelles entre partis et mouvements ouvriers.

Très actif, il se fait pèlerin de la cause qui l'absorbe tout entier et voyage en Europe pour y rencontrer d'autres leaders de mouvements marxistes, ouvriers et révolutionnaires. En France, il prend contact avec Paul Lafargue, en Suisse avec Plekhanov et en Allemagne avec Karl Liebknecht. En décembre 1895, il est arrêté à Saint-Pétersbourg, alors qu'il revient de l'un de ces déplacements à l'étranger. Jugé, il est condamné à trois ans de résidence surveillée en Sibérie. 

Ce séjour forcé sur les bords du fleuve Léna lui donne son surnom (Lénine : "l'homme de la Léna", surnom utilisé pour la première fois en 1901 pour signer un article dans la revue "Zaria") et lui permet de peaufiner sa doctrine politique. En 1899, il écrit son livre sur le "Développement du Capitalisme en Russie", dans lequel il associe les ouvriers de la grande industrie et les petits salariés agricoles dans un calcul de l'importance numérique du prolétariat dans son pays. Cette réflexion le conduit à penser que, contrairement aux chiffres officiels du monde ouvrier (ils ne sont que 2 millions en 1897, sur 128 millions de Russes), le prolétariat représente une force numériquement dominante de la société russe (il l'estime à plus de 50 millions de personnes). Et c'est sur cette force qu'il compte s'appuyer pour légitimer ses ambitions révolutionnaires. Un autre point important de son idéologie est la place qu'il accorde à la pénétration du capitalisme occidental en Russie. Il en surestime l'ampleur et refuse toute idée d'une quelconque spécificité russe. Pour lui, le capitalisme est une étape obligée du développement de la Russie, mais ce développement est freiné par des structures sociales quasiment moyenâgeuses et par une bourgeoisie inerte, qui est incapable de moderniser le pays (politiquement, économiquement et socialement). Les ennemis de la cause léniniste sont donc tout désignés : il s'agit des bourgeois, des aristocrates et de toutes les couches sociales rattachées au passé féodal.

Une fois purgée sa peine d'exil intérieur, Lénine quitte la Russie pour vivre une vie itinérante, dans presque toute l'Europe. Il est ainsi amené à habiter en France, en Suisse, en Angleterre, etc. Il ne cesse pas pour autant son activité militante et littéraire, puisqu'il crée le journal "Iskra" (étincelle) en 1900 et publie deux ans plus tard un livre à destination des adhérents du parti social-démocrate russe, intitulé "Que Faire ?". Il expose dans cet ouvrage sa conception de l'idéologie, ainsi que ses idées sur la dictature du prolétariat (qu'il considère comme la "condition nécessaire" de la révolution). Lénine rentre en Russie en novembre 1905, mais ne joue qu'un rôle très secondaire dans la révolution. Il repart pour l'exil en France et Suisse en 1907.

Pour mener à bien son projet politique, Lénine a non seulement besoin d'une théorie ("Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire", écrit-il), mais également d'un outil efficace. Le parti politique devient cet outil. Lénine le veut discipliné, hiérarchisé, centralisé et cloisonné, une véritable organisation de "révolutionnaires professionnels". Il le conçoit comme l'organe suprême de la lutte des classes (ce en quoi il s'éloigne de la théorie marxiste qui attribue la responsabilité de cette lutte aux masses prolétaires). En 1903, cette question de l'organisation du parti provoque un schisme au sein du Parti Ouvrier Social-Démocrate. Alors que Lénine et ses partisans forment l'aile Bolchevik, Martov et les siens deviennent les Mencheviks. Les querelles qui s'ensuivent provoquent l'explosion du parti et, en 1912, Lénine fonde (à Prague) son propre parti : le Parti Bolchevique. 

La guerre de 1914 donne une fois de plus à Lénine l'occasion de se démarquer des autres leaders ouvriers européens. Après avoir pris nettement position contre le soutien à la guerre, il se place ensuite à contre-courant de ses homologues, critique la revendication d'une paix sans annexion et n'hésite pas à proclamer que le conflit présent est une opportunité. Il pense en effet que la guerre impérialiste peut (et doit) se transformer en une guerre civile révolutionnaire contre le gouvernement tsariste et contre la bourgeoisie. Il publie "L'Impérialisme, Stade Suprême du Capitalisme" en 1916 et participe à des conférences socialistes internationales, à Zimmerwald et Kienthal notamment.

Après la révolution de février 1917, Lénine rentre d'exil avec d'autres militants grâce... aux autorités allemandes qui mettent un train à leur disposition. Semer la révolution en Russie faisait partie des plans de guerre du Kaiser pour abattre son adversaire de l'est. Une fois revenu dans son pays, Lénine peut se consacrer à la diffusion de ses idées parmi les foules mobilisées par la révolution. Il peut aussi, et surtout, programmer le but ultime de son action : la conquête du pouvoir (il considère que l'insurrection est le moment culminant de l'action politique). Dans ses "Thèses d'Avril", il expose les unes et annonce l'autre, tout en divisant les Bolcheviks. Si Trotski se rallie à ses vues, Kamenev et Zinoviev les critiquent. Il est vrai que ses idées sur le contrôle du pouvoir par le Parti, et non plus par les soviets (comme prévu avant octobre 1917) sont loin d'être partagées par tous les acteurs de la seconde révolution russe.

Contraint à un exil de courte durée en Finlande, au cours de l'été 1917, Lénine profite de l'intermède pour écrire "L'État et la Révolution", livre dans lequel il précise les forme que devra prendre la dictature du prolétariat, une fois que la révolution aura permis la prise du pouvoir. Soucieux d'obtenir, à terme, l'abolition des classes sociales, il y annonce une politique coercitive pour parvenir à ce but.

Une fois installé au pouvoir par la révolution d'octobre 1917 (un remarquable coup de main mené selon ses principes, fruit d'une longue préparation dans la clandestinité), Lénine concentre dans les mains du Parti Bolchevik des moyens de surveillance et de répression tout à fait remarquable. La main-mise sur le pays qui commence ne doit pas être remise en cause. Au sommet du Parti, et donc de l'État, le bureau politique est placé sous l'autorité sans partage de Lénine.

Après avoir procédé au partage des terres et fait quitter la guerre à son pays (traité de Brest-Litovsk, 3 mars 1918), Lénine se trouve confronté à la guerre civile contre les armées blanches, dont il sort victorieux. Mais à quel prix ! La Russie est à bout de forces, la famine a tué près de 5 millions de personnes et le "communisme de guerre" a totalement ruiné et désorganisé le pays. En mars 1921, avec la N.E.P. ("nouvelle politique économique"), Lénine décrète une pause dans les réformes, afin de relancer l'économie. Mais l'amélioration de la vie matérielle qui suit ne saurait faire oublier la répression qui se poursuit sans faiblir depuis 1917. Les opposants politiques, les "ennemis de classe" et les religieux sont systématiquement pourchassés par un appareil répressif dont Lénine porte la paternité. L'eugénisme social du régime soviétique est donc bien en place dès cette époque et ses instruments sont déjà rôdés. Le Parti est tout puissant et cette omnipotence ne fait que se renforcer avec la mise en place de la purge permanente de ses dirigeants.

Sur la question des nationalités, les idées de Lénine sont un compromis entre les volontés d'autonomie des peuples et des régions de l'empire russe, et la nécessité d'un parti unique, centralisé et fort pour tout le pays (la création de l'U.R.S.S. est le résultat de cette réflexion). Ainsi, si la Grande Guerre lui avait donné l'occasion de réclamer le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, Lénine n'a-t-il pas hésiter à réprimer le plus brutalement les velléités d'émancipation ukrainiennes ou géorgiennes. 

Victime d'une première attaque cérébrale en mai 1922, Lénine en subit une deuxième en décembre de la même année, puis une troisième en mars 1923. Cette dernière devait le laisser paralysé jusqu'à sa mort, le 21 janvier 1924. Cette longue période de déclin physique ne lui a pas permis de contrer l'influence grandissante de Staline au sein du Parti et, en dépit de son "testament", dicté dans les derniers jours de 1922 c'est bien ce dernier qui devait s'imposer trois ans plus tard comme chef unique de l'U.R.S.S., en se proclamant seul héritier de la pensée léniniste.

le lundi, 25 janvier 2016 posté dans la catégorie L