London (Jack)

Ecrit par Marc Nadaux

(12 janvier 1876 - 22 novembre 1916)

 

 

John Griffith London naît à San Francisco, le 12 janvier 1876, de père inconnu (il s’agit probablement de William Chaney, un astrologue itinérant). Flora Wellman, sa mère, elle-même spirite, tente alors de se suicider, avant d’épouser John London quelques mois plus tard. Celui-ci est un agriculteur en faillite, vétéran de la guerre civile, veuf et déjà père lui-même. Il donne son nom à l’enfant, dont le prénom, John Griffith, se transforme rapidement en Jack, pour marquer la différence d’avec ce beau-père, qui assumera par la suite le rôle de père adoptif pour l’enfant.

En Californie, dans ce monde nouveau et bouillonnant qui se construit, Jack London ne connaît alors que l'instabilité, celle des changements de logement tout d’abord. L’enfant est dans la rue dès son plus jeune âge. Il doit travailler pour amener quelque argent au foyer familial. A dix ans, il est vendeur de journaux à la criée. Et il exercera par la suite tous les métiers, licites et illicites, pour un salaire de dix cents à l’heure le plus souvent : ouvrier dans une conserverie, docker, pillard dans les parcs ostréicoles… Dans les environs de San Francisco, l’adolescent fréquente les voyous du port d’Oakland. Il lit aussi beaucoup pour échapper à ce quotidien. À l’âge de dix-sept ans, le 20 janvier 1893, Jack London embarque sur une goélette, la Sophie-Sutherland, qui part chasser le phoques au large du Japon.

A son retour, il s’emploie dans une centrale thermique. Mais la crise économique le met au chômage. Il se joint alors à une marche collective de protestation vers Washington, la capitale fédérale, s’initiant aux théories socialistes. Le jeune homme vagabonde ensuite à travers le Canada et les États-Unis. Détenu un mois durant à la prison de Niagara Falls, Jack London découvre les dures conditions de la vie carcérale. De retour à Oakland, il travaille dans une fabrique de jute, puis dans divers ateliers. A peine âgé de vingt ans, il a déjà pleinement conscience d'être exploité. Pour Jack London désormais, l’American way of life, ce rêve américain pour lequel des millions d’immigrants traversent les océans, lui apparaît comme une imposture. Celui qui commence à militer dans les rangs des socialistes est bientôt arrêté. Aussi reprend-il ses études à l'université de Berkeley en 1895. Faute d'argent cependant, il n’y reste qu'un semestre.

Dans les années qui suivent, il vit une expérience qui le marquera à jamais. Au printemps 1897, Jack London quitte la civilisation, pour participer au Gold Rush, la nouvelle ruée vers l'or dans la région du Klondike. Le 30 août, il franchit ainsi la terrible Childhood Pass et parvient à descendre le Yukon avant la fonte des neiges. Le 16 novembre suivant, le jeune prospecteur enregistre sa concession, un bout de terrain qu’il n’exploitera en fait que trois jours durant... Le 8 juin 1898, souffrant du scorbut, il quitte ainsi Dawson city et est de retour de cette aventure, comme beaucoup, sans avoir fait fortune. Dans le Grand Nord canadien cependant, au contact des trappeurs, des indiens et du "wild", Jack London, qui s’est déjà essayé par le passé à l’écriture, a enfin trouvé sa source d’inspirations.

La mémoire riche de ces souvenirs épiques, il se lance dans la littérature, rédigeant des nouvelles, des "shorts stories", pour les grands magazines. En 1899, commence ainsi une fructueuse collaboration avec The Overland Monthly. Ces récits d’aventures, cruels et héroïques à la fois, sont alors du goût du grand public. En 1900, Jack London publie son premier roman, intitulé Wolf's son (Le Fils du loup). La même année, il se marie avec Bess Madern. Le couple aura deux filles, Joan et Bess, avant qu’il ne se sépare. En 1905, Jack London se remarie avec Charmian Kettredge. Il est alors devenu un écrivain à succès. A Daughter of the Snows (La Fille des neiges) parait en 1902, puis l’année suivante The Kempton-Wace Letters (Rien d'autre que l'amour), un dialogue épistolaire sur la nature de l’amour, co-écrit avec la militante socialiste Anna Strunsky. Toujours en 1903, The Call of the Wild (L'Appel de la forêt), l’histoire de Buck, un chien de traîneau qui retourne à l'état sauvage, lui donne la célébrité.

En 1902, alors qu’il vient d’être engagé par un journal californien comme correspondant pour couvrir la guerre des Boers, Jack London, en route vers Afrique australe, s'arrête à Londres. Dans la capitale anglaise, il se déguise en clochard et passe trois mois au milieu des ouvriers démunis, des sans logis et des miséreux. De cette plongée dans les ignobles bas-fonds de l'East End, Jack London tire The People of the Abyss, (Le Peuple de l'abîme), un pamphlet dramatique dénonçant la misère croissante provoquée par le capitalisme . En Californie de nouveau, London rédige The Sea Wolf (Le Loup des mers) en 1904. Plus que jamais militant, l’écrivain se présente sans succès comme candidat socialiste à la mairie d'Oakland. Il parcoure ensuite le pays, multipliant les conférences à scandale. En 1905, est publié White-Fang (Croc-Blanc), l’histoire d’un chien sauvage du Yukon, martyrisé puis domestiqué et finissant ses jours en Californie. C’est de nouveau un énorme succès d’édition. Repris par la soif de l'aventure et grâce à ses gains d’écrivain, Jack London fait construire à grands frais le sloop Snark. En 1907, il entreprend, avec sa femme Charmian, un voyage autour du monde. Après avoir navigué dans les îles du Pacifique, l’écrivain tombe malade à Sydney, en Australie, et rentre en Amérique vingt-sept mois plus tard, sans avoir réalisé son projet.

Jack London est devenu alcoolique et déjà usé par cette vie frénétique. Au cours de ces années, il poursuit son œuvre romanesque. En 1907, dans Before Adam (Avant Adam), le narrateur s'imagine en homme préhistorique aux prises avec des tribus ennemies et des fauves. Avec Iron heel (Le Talon de fer) l’année suivante, Jack London présente une anticipation militante. Il y fait la description d’une société de castes, née du capitalisme, qui s’impose aux États-Unis, avant que des résistants socialistes ne parviennent à installer le communisme. En 1909, Martin Eden est sorte de parabole négative de sa propre réussite où le héros, déçu par le côté superficiel de celle-ci, se noie volontairement dans les mers du Sud. A cette époque, le romancier s’est installé en Californie, à Glen Ellen près d’Oakland, où il s’occupe à l’exploitation de sa ferme, Beauty Ranch. Celle-ci, dont la construction a englouti 80.000 $, est bientôt détruite dans un incendie.

Avec Radieuse Aurore en 1910, l’écrivain retrouve le Grand Nord. L’année suivante, ce sont ses voyages en mer qui l’inspirent avec The Cruise of the Snark (La Croisière du Snark). En 1913, paraissent également The Abysmal Brute (La Brute des cavernes) ainsi que The Valley of the Moon (La Vallée de la Lune). Un nouveau voyage en mer le mène autour du Cap Horn.

La même année, John Barleycorn (Le Cabaret de la dernière chance) raconte l'itinéraire d'un ivrogne repenti ; une autobiographie en somme. Le livre sera par la suite utilisé par les tenants de la prohibition. En 1915, vient ensuite The Star Rover (Le Vagabond des étoiles). Au total, pendant les seize années que dure cette activité littéraire sans relâche, une cinquantaine d’ouvrages ont paru. A cette époque, Jack London quitte avec fracas un parti socialiste, trop tiède à son goût. En 1915, avec son épouse Charmian, il séjourne plusieurs mois à Hawaï, y cherchant le repos. Surmené, l’écrivain est atteint d’urémie et sa santé s'effondre. Le 22 novembre 1916, Jack London décède à l’âge de quarante ans, après avoir absorbé une surdose de morphine.

le lundi, 25 janvier 2016 posté dans la catégorie L