Moinaux (Georges)(dit Georges Courteline)

Ecrit par Marc Nadaux

(25 juin 1858 - 25 juin 1929)

Georges Moinaux naît à Tours, le 25 juin 1858. Peu après, l’enfant et sa famille montent à Paris où son père, Jules Moinaux, devient chroniqueur à la Gazette des Tribunaux avant d’entamer une carrière d’auteur dramatique. Il rédigera notamment le livret de l'opérette Les deux Aveugles pour Jacques Offenbach. Son fils Georges est placé dans une institution, avant d’effectuer ses études secondaires au collège de Meaux, où les Moinaux s’installent au moment de la Commune. Il y passera six années, puis est inscrit au collège Rollin, dans la capitale. L’adolescent souffre de la discipline qui règne dans ces différents lieux. Peu enclin au travail scolaire, souffrant de l’enfermement en internat, il mène d’ailleurs une vie bien dissolue. A cette époque, Georges Moinaux partage son temps entre les nuits parisiennes et le "Service des Fiches" des Bouillons Duval, où il s’emploie de 1877 à 1879. Vient alors le moment du service militaire. A Bar le Duc, au 13e régiment de chasseurs à cheval, le cavalier Moinaux tombe rapidement malade et obtient un long congé de convalescence à Paris, puis une réforme définitive.

En 1880, il entre au ministère de l'Intérieur et des Cultes, comme expéditionnaire à la Revue Générale des Cultes. L’année suivante, avec l’aide de Jacques Madeleine et Georges Millet, deux amis de Lycée, le fonctionnaire fonde la revue Paris moderne, dans laquelle sont publiés certains de ses poèmes sous le pseudonyme de "Georges Courteline". A partir de 1883, il entame également une collaboration avec les Petites Nouvelles quotidiennes. L’année suivante, il publie ainsi une première scène de la vie militaire, "La Soupe", qui est le point de départ de la série des chroniques réunies, en 1886, sous le titre de Les Gaietés de l'Escadron. Le succès l’engage à poursuivre dans cette voie. Toujours sous le pseudonyme de Georges Courteline, il tourne de nouveau en dérision l’armée - "l’Arche sainte", l’outil de la "Revanche" - avec Le 51e Chasseurs en 1887. Les Femmes d'Amis paraît en feuilletons dans L'Écho de Paris en 1888. Peu après, il donne des chroniques, appelées Ombres Parisiennes, toujours à L’Écho de Paris, signées cette fois-ci "Jean de la Butte", en l’honneur de Montmartre, son quartier d’adoption.

Au moment où est jouée Lidoire au Théâtre Libre d’André Antoine, au mois de juin 1891, le nom de Courteline fait désormais partie du paysage littéraire parisien. L’écrivain se lie d’ailleurs à Catulle Mendés, un des principaux représentants du Parnasse. Il est aussi un grand admirateur des œuvres d’Émile Zola, dont il soutient la campagne en faveur du capitaine Alfred Dreyfus. Au théâtre, Georges Courteline s’attache à présent à mettre en scène des personnages appartenant à la petite bourgeoisie, dans les tracas de leur vie quotidienne et sentimentale. En 1893, le sujet de Messieurs les Ronds-de-Cuir, où il s’attaque aux employés de bureau et aux bureaucrates, lui vient également de l’observation de ses collègues du ministère. Courteline quitte d’ailleurs ces derniers l’année suivante. Il entend désormais vivre de sa plume. Les Hannetons, puis Boubouroche en 1893 sont jouées au Grand-Guignol, Monsieur Badin en 1897 et Les Boulingrin peu après, sont elles écrites pour le théâtre Antoine.

Les œuvres suivantes, des récits en prose ou des pièces de théâtre, sont eux aussi des croquis saisis sur le vif de différents milieux. Un Client sérieux en 1896, ainsi que Les Balances en 1901 visent ainsi le barreau, la justice et les tribunaux. Le Commissaire est bon Enfant, ainsi que Le Gendarme est sans Pitié en 1899 s’attachent à dénoncer la bêtise et la méchanceté des forces de l’ordre. Enfin, La Peur des Coups en 1894, Monsieur Badin trois années plus tard, ainsi que La Paix chez soi en 1903 sont des vaudevilles qui cherchent à montrer les travers de la vie de couple. Servie par un style enlevé, l’œuvre de Georges Courteline se construit au cours de ces années tel un tableau des travers de son époque. Sa grande maîtrise de l’art du dialogue lui permet ainsi de mettre en valeur ces caractères. La reconnaissante du public, comme celle de la critique lui valent d’ailleurs de voir certaines de ses pièces inscrites au répertoire de la Comédie-Française en 1906.

Courteline est décoré de la Légion d’honneur le 2 février 1899. En 1917, au soir de sa vie, et alors que sur le front de Champagne la guerre s’est enlisée, il fait le bilan désabusé de sa vision du monde dans La Philosophie de Georges Courteline. Le 24 novembre 1926, l’homme de théâtre est élu à l’académie Goncourt. L’année précédente, il avait du être amputé de la jambe gauche à l’hôpital Péan, puis de la droite, avant de tomber dans le coma. 

Georges Courteline décède peu après, le 25 juin 1929, à Paris. Il repose au cimetière du Père Lachaise, où la foule de ses admirateurs l’a accompagné au moment de ses funérailles.

le vendredi, 22 janvier 2016 posté dans la catégorie M