Nicolas II, (Alexandrovitch)

Ecrit par Éric Labayle

(18 mai 1868 - 17 juillet 1918)



Nicolas Alexandrovitch Romanov est né à Tsarskoïe Selo le 18 mai 1868. Il est monté sur le trône de Russie sous le nom de Nicolas II en novembre 1894, après la mort de son père, Alexandre III. 

Homme cultivé et plutôt intelligent, il fit pourtant preuve de graves faiblesses de personnalité qui eurent de lourdes conséquences sur l'histoire de la Russie. En fait, il était très influençable.

Ses conseillers (plus ou moins bien intentionnés), ses ministres (qui se servaient de lui pour alimenter leurs rivalités), le redoutable Raspoutine et la tzarine elle-même n'ont jamais cessé de peser sur ses décisions. La direction de l'Empire russe en a beaucoup souffert et jamais Nicolas II n'a su anticiper les grands changements de son pays ; au contraire, il n'a bien souvent réagi que sous la pression des événements. Soit trop tard, soit maladroitement.

La première décennie du règne de Nicolas II a connu une conjoncture économique plutôt favorable. Le ministre Serge de Witte, qui entretenait d'excellentes relations avec les milieux d'affaires occidentaux, a su attirer des capitaux étrangers en Russie. L'industrie lourde a connu un essor considérable, de même que les transports. Entre 1893 et 1901, la construction du chemin de fer Transsibérien a témoigné de cette vitalité économique au service de la maîtrise des grands espaces russes. Mais le tzar n'a jamais su profiter de ce relatif dynamisme économique pour moderniser une société russe encore restée très moyenâgeuse par bien des aspects.

De son père, Nicolas II a conservé le souci de défendre sans cesse les prérogatives de l'aristocratie russe, quitte à nier les évolutions sociales de son pays. En 1895, il proclamait qu'il avait l'ambition de "maintenir le principe de l'autocratie (...) de façon énergique et immuable". Sa ligne d'action était tracée. Il devait la conserver pendant tout son règne, contre vents et marées, ne l'abandonnant (comme en 1905) que pour mieux la restaurer ensuite.

En politique extérieure, si Nicolas II a choisi de confirmer l'alliance franco-russe (étendue au Royaume-Uni en 1907), il n'en a pas oublié pour autant l'ambition traditionnelle des tzars d'étendre toujours plus leur empire vers l'extrême-orient. En 1901, l'occupation de la Mandchourie par les troupes russes venait rompre l'équilibre dans cette région. Soucieux de conserver leur hégémonie sur l'est du continent asiatique, les Japonais ont vu d'un mauvais oeil cette concurrence à leur propre impérialisme. En février 1904, ils attaquaient l'escadre russe de Port-Arthur. Cette action marquait le début de la guerre russo-japonaise qui, jusqu'en septembre 1905 (traité de Portsmouth), devait mettre en valeur les carences de l'outil militaire russe. 

Alors que son armée essuyait défaite sur défaite, Nicolas II devait faire face, à l'intérieur, à une agitation sociale de plus en plus vive. Le 9 janvier 1905, il montrait sa totale incompréhension des problèmes de ses sujets en n'hésitant pas à faire tirer sur une manifestation à Saint-Pétersbourg. Cette répression violente fut le point de départ d'une révolution qui vit la constitution des premiers soviets. Usant de la force plus que de la négociation, le tzar fit réduire les foyers révolutionnaires par l'armée. Il accorda bien quelques concessions avec son "manifeste d'octobre" (quelques libertés civiles garanties et la promesse d'élections législatives), mais la répression se poursuivit pendant tout l'hiver 1906. 

Les lois fondamentales de 1906 et l'élection de la première Douma (assemblée législative), en mai, auraient pu faire croire à un virage démocratique du régime, mais il n'en fut rien. Avec l'appui du premier ministre Stolypine, Nicolas II fit régner une terreur policière sur le pays, et dès 1907 une réforme du système électoral interdisait tout moyen d'expression à l'opposition progressiste. Dans le même temps, un effort d'amélioration du sort des paysans était tenté, afin de désamorcer la crise sociale en renforçant la classe des paysans aisés (koulaks) favorables au régime tsariste.

La fermeté de Nicolas II à l'égard de l'Autriche-Hongrie, en juillet 1914, est la conséquence de l'échec essuyé par la diplomatie russe lors des crises balkaniques. En 1908 par exemple, elle s'était trouvée impuissante face à l'annexion de la Bosnie-Herzégovine par l'Autriche. Les guerres de 1912 et 1913 ne lui avaient pas été plus favorables et la vieille question de l'accès de la Russie aux détroits restait toujours sans réponse en 1914. En faisant preuve d'une énergique intransigeance après l'attentat de Sarajevo, Nicolas II croyait pouvoir redonner à son pays une place de choix dans le concert des nations. Il n'a fait que le précipiter dans un conflit désastreux qui causera la perte de son régime autocratique.

Comme en 1904-1905, la Grande Guerre révèle les dysfonctionnements de l'armée russe. En outre, les défaites militaires portent un coup fatal au prestige du tzar, qui assume le commandement suprême des troupes à partir du 8 septembre 1915 (la tzarine ayant reçu la responsabilité des affaires intérieures de la Russie). Isolé de son pays et totalement absorbé par la conduite des opérations, Nicolas II, une fois encore, ne voit pas venir la colère de son peuple. La révolution de février 1917 le surprend à son quartier général. Incapable de la moindre réaction et abandonné par une partie de l'armée, il abdique le 15 mars en faveur de son frère, le grand duc Michel.

Il est alors maintenu en résidence surveillée à Tsarskoïe Selo, puis à Tobolsk (Sibérie occidentale). En avril 1918, le nouveau pouvoir bolchevik le transfère à Iekaterinbourg (Sverdlovsk). Il y est assassiné avec tous les membres de sa famille dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, sur l'ordre d'un responsable de soviet local avec, semble-t-il, l'autorisation de Lénine lui-même. A cette époque, la guerre civile ne semble pas devoir tourner à l'avantage des Bolcheviks et la famille impériale est un fardeau (et un symbole de l'ancien régime) dont il convient de se débarrasser...

le lundi, 25 janvier 2016 posté dans la catégorie N