Poizot (Charles-Henri)

Ecrit par Dominique Bussillet

(14 mars 1891 - 12 mars 1968)

 

 

 

Quand éclate la guerre, en août 1914, Charles-Henri Poizot a 23 ans. Il est né à Saint-Quentin, dans l'Aisne, le 14 mars 1891. Ses parents se sont mariés en 1866 et ont déjà eu huit filles, dont la plupart sont mortes en bas âge ou à la naissance. Charles-Henri est donc le premier fils, et il sera le dernier enfant. Sa sœur aînée, Anna, a vingt-quatre ans de plus que lui, sa sœur Henriette quatorze ans de plus. C'est dire qu'il a une enfance plutôt choyée et protégée, entouré de ses sœurs et de ses nièces, dont l'une est plus âgée que cet oncle, qui entend bien profiter de son autorité malgré la différence d'âge qui joue en sa défaveur. Heureusement pour lui, le fait d'être un garçon lui permet d'échapper à cette famille tendre mais tyrannique. Dès 1908, il est employé dans une petite entreprise de textile, dont les patrons espèrent bien qu'il épousera un jour leur fille aînée...

Charles-Henri est de la classe 1911, il part donc pour l'armée, et rejoint le 67e régiment d'infanterie de Soissons, en octobre 1912. Il est mobilisé le 31 juillet 1914 ; son régiment, un régiment d'active dont le chef de corps est le Colonel Bard, part aussitôt en couverture dans la région d'Hattonchâtel. Dès le 28 juillet 1914, et jusqu'en juillet 1919, il note au jour le jour ses impressions, dans des petits carnets qu'il conservera soigneusement.

Il fait toute la guerre comme téléphoniste, ce qui est un emploi dangereux, car pour tirer les lignes ou les réparer, il faut s'exposer sans cesse. Pourtant, il n'est pas blessé et à l'exception d'une fièvre typhoïde suivie d'une période de convalescence en 1915, il ne quitte pas le front. Ses permissions, il les passe dans des familles d'accueil, car ses parents, restés à Saint-Quentin, sont en zone occupée. Le courrier ne passe pas et cet isolement lui pèse... 

Avec le 67e R.I., Charles-Henri Poizot participe aux batailles des frontières dans la Meuse, puis à celle de la Marne. Il connaît ensuite les tranchées de la Woëvre dans le secteur des Éparges. En septembre 1915, il participe à la coûteuse offensive de Champagne. L'année suivante, il est à Verdun puis dans la Somme. En avril 1917, il n'échappe pas non plus à l'offensive du chemin des Dames puis, en 1918, aux terribles batailles de Picardie (combat de Grivesnes, notamment). Il termine la guerre dans les Flandres.

Il est démobilisé le 30 juillet 1919, au dépôt de démobilisation de Lyon, section de Tarare. Tarare est une petite ville d'environ 8.000 habitants, sise à une cinquantaine de kilomètres de Lyon, célèbre pour ses industries textiles, notamment les rideaux et la mousseline. On voit apparaître le nom de cette commune dans les carnets de Charles-Henri à la date du 27 octobre 1918, lors d'une de ses permissions. C'est là que se sont réfugiés ses parents, Jules et Léonie, ainsi que sa sœur Anna et son mari, qui a été nommé dans une usine de textile de Tarare. C'est encore là que Charles-Henri va rencontrer celle qui sera sa femme, Adèle-Catherine.

L'histoire de leur rencontre, dans l'église de Tarare, lors d'une messe, était un des rares souvenirs que mes grands-parents évoquaient en commun, retrouvant pour quelques minutes la tendresse d'antan. "Messe" était d'ailleurs le surnom affectueux que Charles-Henri donnait à sa femme. Le mariage a lieu le 20 avril 1920, peu de temps avant que toute la famille de Charles-Henri ne reparte pour Saint-Quentin, lui-même restant définitivement installé à Tarare, qu'il ne quittera plus. Charles-Henri ne retournera jamais à Saint-Quentin, et n'aura plus avec sa famille d'autres relations que des envois de faire-part de naissances ou de décès, comme s'il voulait rompre avec un passé trop douloureux, dont il préfère tout oublier.

Charles-Henri et Adèle auront deux filles, Simone et Suzanne.

 

Pour en savoir plus : 

Histoire d'un Poilu. Carnets de Charles-Henri Poizot, du 67e R.I., Éditions Anovi, Parçay-sur-Vienne, 2003, 143 pages. Ce livre est disponible aux éditions Anovi.

le lundi, 25 janvier 2016 posté dans la catégorie P