Raspoutine (dit Grigori Iefimovitch, )

Ecrit par Marc Nadaux

(10 janvier 1869 - 17 décembre 1916)

 

 

 

Grigori Iefimovitch naît le 10 janvier 1869 à Pokrovskoie, un village sibérien du district de Tioumen, dans la province de Tobolsk. A noter qu’au mois de mai 1907, l’adjonction de Novyi (qui signifie nouveau) à son patronyme est officiellement enregistrée par l’administration, afin de le distinguer de ses nombreux homonymes. Dès l’âge de dix-huit ans, celui qui se fait appeler Raspoutine, un surnom polysémique dont l’origine demeure obscure, est sujet à de grandes crises mystiques. En 1887, il épouse Praskovja Doubrovina, une jeune paysanne du voisinage, tout aussi dépourvue que lui d’instruction. Le couple aura cinq enfants. Leurs deux premiers fils, Mikhail et Georguij, décèdent prématurément, tandis que Dimitri vient au monde en 1895, suivie par ses deux sœurs, Matrona, trois années plus tard, et enfin Varvara, en 1900.

A cette époque, Raspoutine est déjà connu dans son entourage pour ses excès de débauche et d’ivrognerie. Il quitte bientôt femme et enfants, pour mener la vie d’un errant qui survit grâce à la charité et à l’aumône. Parcourant la Sibérie occidentale, il frappe à la porte des monastères et acquiert au fur et à mesure de ses pérégrinations une réputation de sage et de guérisseur. Au contact des multiples sectes qui fleurissent sur le terreau de la religion orthodoxe, son mysticisme se fait doctrinaire et le conduit à l’élaboration d’obscures théories sur la régénération par le péché et les excès en tous genres. 

En 1903, Raspoutine arrive à Saint-Pétersbourg. Dans la capitale des Tzars, il se fait rapidement connaître du haut clergé local et devient même un personnage en vogue dans la société aristocratique, friande d’occultisme.

Il est introduit en 1905 auprès de la tzarine par Anna Vyroubova, une de ses dames de compagnie et disciple passionnée du mage. C’est qu’Alexandra Fedorovna elle-même aime à s’entourer de personnages étranges. Dans les années qui suivent cependant, Raspoutine ne paraît que rarement à la cour. En 1908, il fait la preuve de ses talents de guérisseur en calmant les crises d’hémophilie du tzarevitch Alexis, l’unique héritier du trône. Raspoutine bénéficie dès lors de la confiance de la tzarine. Nicolas II lui-même est attiré par le personnage. Après le "Dimanche Rouge" du 25 janvier 1905, celui qui se vêt comme un paysan russe n’est-il pas le symbole de la permanence de son union mystique avec le peuple ? Aussi Raspoutine est à présent entré dans l’intimité des Romanov.

A la cour, le starets (mot qui désigne un vénérable laïc) exerce peu à peu les fonctions de guide spirituel. De taille robuste, les cheveux longs et la barbe en désordre, chaussé de ses grandes bottes vernies et enveloppé dans un vieux manteau sombre, Raspoutine inquiète autant qu’il fascine. Son regard perçant est difficile à soutenir pour ses admiratrices. Habile à se mettre en scène, il se produit également à Saint-Pétersbourg ou au palais impérial de Tsarskoie Selo dans des séances d’exorcisme et de prières. Des rumeurs circulent d’ailleurs à son propos. Ainsi les récits de ses débauches, prétendues ou avérées, se multiplient et font scandale. Ses partisans et ses détracteurs se déchaînent, d’autant plus que la présence du starets auprès du couple impérial contribue à couper le pouvoir de son entourage traditionnel.

On accuse Raspoutine de faire et défaire les carrières des généraux, des métropolites et même des ministres.

Parmi ses admirateurs figurent le professeur de théologie du tzarevitch Alexis, l’archiprêtre Vassiliev, le général Voikov, commandant de la garde du palais, le métropolite Pitirim ou la grande-duchesse Anastasia. Lui est cependant hostile Piotr Stolypine, président du Conseil depuis 1906. Celui-ci déclenche une enquête et fait surveiller Raspoutine par l’Okhrana, la police secrète du Tzar. Les rapports qui accablent le starets et que ce dernier ne peut ignorer se multiplient. L’un d’entre-eux est d’ailleurs exposé par Rodzianko, le président de la Douma. En 1911, Raspoutine est écarté de la cour. Il se décide alors à partir en destination de la Terre sainte, mais est de retour à Saint-Pétersbourg dès l’automne.

Avec le déclenchement de la première Guerre Mondiale au mois d’août 1914, le sulfureux personnage est définitivement discrédité. On accuse Raspoutine de représenter le parti de l’Allemagne à la cour de Saint-Pétersbourg. Et lorsqu’au mois de septembre 1915, contrairement à l’avis de ses conseillers, le Tzar Nicolas II prend personnellement le commandement des troupes, destituant par là même le grand-duc Nicolas Nikolaevitch, on voit agir en sous-main le diabolique starets. Dès lors, les projets d’assassinat de Raspoutine, afin de restaurer le pouvoir impérial, se multiplient.

Dans la nuit du 16 au 17 décembre 1916, celui-ci tombe sous les coups des conjurés. Invité à une réception chez le prince Félix Youssoupov, Raspoutine résiste au poison contenu dans les mets qui lui sont servis. Le parent de Nicolas II en personne lui tire alors une balle en pleine poitrine. Cependant le starets, laissé pour mort, ressuscite et se précipite à l’extérieur du palais où il est abattu par le député d’extrême-droite Vladimir Pourichkevitch, avant de gagner la rue. Avec l’aide des autres membres du complot (le grand-duc Dimitri Pavlovitch, cousin germain du Tzar, le lieutenant Soukhotine et le docteur Lazovert), ils se saisissent du corps sans vie et le jettent dans la Neva. Celui-ci est retrouvé quelques jours plus tard. Suivant la volonté de la tzarine Alexandra Fedorovna, Raspoutine est inhumé dans le parc du palais de Tsarskoie Selo.

Entretenue de son vivant par l’intéressé, la légende qui entoure Raspoutine enfle après son décès. L’autopsie révèle ainsi que celui-ci est mort noyé dans le fleuve et qu’il aurait donc résisté aux cinq balles tirées par ses assassins. Le mythe de cette surnaturelle résistance prend une nouvelle ampleur à partir de 1917. Après la révolution de février, le cadavre de Raspoutine est exhumé et incinéré. On raconte cependant qu’il refusa de brûler… Que dire de ses dons de mage et d’astrologues…? Quant au souvenir fantasque des performances sexuelles hors du commun du starets, il perdure même grâce aux Boney M, un groupe disco américain !

le lundi, 25 janvier 2016 posté dans la catégorie R