Wells (Herbert George)

Ecrit par Marc Nadaux

(21 septembre 1866 - 13 août 1946)

 

 


Herbert George Wells naît le 21 septembre 1866 à Bromley, dans le Kent. Il est issu d'une famille de modeste condition. Ses parents tiennent un magasin de porcelaine, que Joseph Wells, son père, laisse péricliter, préférant se consacrer à sa carrière de joueur professionnel de cricket. A la suite d'un accident cependant, il se casse la jambe et doit bientôt renoncer à jouer en 1877. La gène s’installe alors dans le ménage, qui a la charge de trois enfants. A partir de 1880, Sarah Wells occupe un poste de gouvernante au château de Up Park. A peine âgé de quatorze ans, le jeune Herbert est placé comme apprenti. Il s’emploie ainsi chez un drapier en tant que commis, un travail qu’il déteste, puis auprès d’un pharmacien et enfin dans la boutique d’un marchand de nouveautés. A partir de 1883, Herbert George Wells est répétiteur à l’école de Midhurst, dont il fréquente avec assiduité la bibliothèque. Ceci lui permet également de reprendre ses études, abandonnées quelques années auparavant. En 1884, il obtient une bourse grâce à laquelle il s'inscrit à l'Imperial College of Science, une école normale. Là, l’étudiant suit notamment les cours de Thomas Henry Huxley, un des grands biologiste de l’époque. Après avoir échoué à ses examens, il reprend son poste de répétiteur dans une école privée, avant d’obtenir enfin sa licence ès sciences en 1890. Wells devient alors enseignant.

L’année suivante, il se marie avec son amour d’enfance, sa cousine Isabel Wells. Une union fort mal assortie. En 1893, Herbert George Wells fait la rencontre d’Amy Catherine Robbins, une étudiante en biologie qui deviendra la compagne de sa vie. Il se remarie ainsi, peu après son divorce d’avec Isabel en 1895. Le couple aura deux enfants. Depuis longtemps déjà, Wells consacre ses moments de loisirs à l’écriture. En 1886, alors qu’il est encore sur les bancs de à l'Imperial College of Science, Wells fonde le School Science Journal, pour lequel il rédige quelques articles scientifiques. Deux années plus tard, il écrit une nouvelle intitulé Les Argonautes à la conquête du temps. Enfin, 1893 est une année doublement décisive dans son existence. Après son mariage, Wells souffre d’une crise de tuberculose. Profitant de ce repos forcé l’enseignant reprend cet ancien texte d’anticipation et écrit The Time Machin (La Machine à explorer le temps). L’ouvrage, publié en 1895, conte l’histoire d’un Anglais, génial inventeur, qui parvient à aller dans le futur. En l’an 802.701, il découvre ainsi un monde paradisiaque, celui des Eloi, que menacent les Morlocks, vivant dans les entrailles de la Terre. Ce voyage dans la quatrième dimension, qui est aussi une critique de la société de son temps, est un énorme succès de librairie.

Dès lors, Herbert George Wells se consacre à la littérature, explorant un genre littéraire qu’il vient d’inventer : la science-fiction. Et dans les années qui suivent, sont publiées d’autres œuvres qui font date. Dans ces romans d’anticipation, l’écrivain se montre ainsi toujours aussi inquiet de l’avenir de la science, de l’utilisation qu’en fait l’Homme, à qui elle donne à présent d’immenses pouvoirs. En 1896, avec L'Île du docteur Moreau, Wells décrit les travaux d’un savant monstrueux qui a réussi à précipiter l'évolution de l’animal à l'Homme, grâce à d’abominables manipulations. L’année suivante, paraît un autre de ses contes philosophique, L'Homme invisible. Non sans humour, le romancier met en scène un autre génial inventeur. Celui-ci, trop pressé d’user de sa découverte, qui utilise le principe de réfraction de la lumière, se retrouve invisible mais nu en février dans la rue... Quand le dormeur s'éveillera est un autre roman d’anticipation. Dans ses pages, un observateur de l’Angleterre au tournant du siècle imagine un monde aux villes peuplées de tours. En 1898, avec La Guerre des mondes, interviennent enfin dans la littérature de nouveaux personnages destinés à un brillant avenir, les extraterrestres. Ces Martiens font une entrée fracassante dans l’univers des lecteurs d’H. G. Wells en envahissant l'Angleterre. Quarante ans après sa publication, le 30 octobre 1938, un animateur facétieux, du nom d’Orson Welles, reprendra l’intrique du roman dans une émission de radio et sera à l’origine d’un véritable mouvement de panique sur toute la côte Est des États-Unis… En 1901, l’écrivain anglais décrit avec Les Premiers Hommes dans la lune les expéditions interplanétaires de la fin du siècle, un évènement déjà pressenti par Jules Verne quelques décennies plus tôt.

Wells est un auteur très prolifique, qui publiera encore de nombreuses œuvres de fiction. Mais ses plus grandes réussites ont été rédigées au cours de ces quelques années. Celles-ci lui procurent une certaine aisance financière, laquelle ne lui enlève pas ce pessimisme qui est un des traits dominants de son caractère. Toujours à cette époque, l’écrivain s’exerce à une critique plus directe des travers de ses contemporains dans des essais comme Anticipations en 1901, Mankind in the Making (La Découverte de l’Avenir) en 1903… ou de nouveaux romans comme Kipps en 1905 et The Story of Mr Polly en 1909. Herbert George Wells s’autorise néanmoins une pointe d’espoir. Car l’avenir peut et doit être modelé suivant les préceptes que dicte à l’Homme sa raison, avec la conscience cependant que le chaos est proche. Dans A Modern Utopia publiée en 1905, il affirme ainsi que le futur doit être placé dans les mains des hommes de science. Dans l’immédiat, le quotidien également peut être amélioré et c’est dans ce but que l’écrivain à succès adhère en 1903 à la Fabian Society et milite aux cotés des socialistes anglais jusqu’en 1908.

Au moment où éclate la première guerre mondiale, Wells vit un nouvel amour avec une jeune écrivain, Rebecca West, âgée d’à peine vingt-cinq ans. Au cours du conflit, dont il avait annoncé certains des aspects dans les années précédentes (la place nouvelle de l’aviation notamment, avec La Guerre dans les airs en 1907), ses prises de position trop militaristes lui aliènent une partie de l’opinion britannique. En 1917 cependant, il adhère aux Comités pour la Ligue des Nations, une assemblée de sages qui réfléchissent aux conditions d’un nouvel ordre international à imposer au moment de l’armistice ou de la capitulation des puissances centrales. La même année, dans une lettre adressée au journal The Times, l’écrivain salue avec enthousiasme la révolution en Russie. S’il est inquiet du rôle nouveau que jouent les soviets, il est ainsi convaincu de l’arrêt de la guerre à l’Est. Herbert George Wells fait d’ailleurs la rencontre de Lénine en 1920.

La même année, ébranlé  comme plusieurs auteurs anglais par le choc de la première Guerre mondiale, il publie The Outline of History (Esquisse de l'histoire universelle), une méditation prospective sur l’histoire. C’est de nouveau un énorme succès de librairie. Wells affirme ainsi que l'humanité joue sa survie, en étant lancée dans une course entre l'éducation et la destruction. Dans des pages qui rappellent les écrits centenaires du comte de Saint-Simon, il décrit également les conditions de sa survie : la création d'un État mondial régit par une élite de décideurs. Quelques années plus tard, l’écrivain reprendra cette thèse dans The Open Conspiracy (La Conspiration au grand jour), publiée en 1928. Dans l’entre-deux-guerres d’ailleurs, il martèle ces idées sur l’avenir du monde dans toutes les publications que lui offrent l’édition britannique : des articles de journaux, des pamphlets, des romans, des essais… H. G. Wells profite ainsi de sa notoriété et de l’avantage que confère le statut de père de la science-fiction, en ces années où celle-ci connaît un grand développement. Cependant, ces thèses ne rencontrent plus la même audience auprès des jeunes générations.

L’écrivain devient néanmoins le président du P.E.N.- Clubs, une fédération internationale des écrivains, fondée à Londres en 1920. Poursuivant son action politique, Herbert George Wells est au cours de ces années le candidat du Labour Party aux élections législatives. Il rencontre également deux des grandes figures politiques de ce temps, Roosevelt et Staline. Ce dernier le laisse d’ailleurs sans illusion. The Holy Terror, publié en 1939, fait ainsi la description de ces dictatures totalitaires, qui font reposer leur pouvoir sur le contrôle des esprits. En 1942 et à l’âge de soixante-seize ans, Herbert George Wells soutient avec succès une thèse de doctorat ès sciences à l'Université de Londres, après avoir repris ses études de jeunesse. Plus tard, alors que la seconde guerre mondiale s’achève, il fait paraître une dernière œuvre au titre évocateur, L'Esprit au bout de son rouleau.

Herbert George Wells décède à Londres le 13 août 1946, dans son hôtel près de Regent Park.

le lundi, 25 janvier 2016 posté dans la catégorie W